«Je vous préviens: vous n'avez pas le droit de baiser dans l'établissement»

Alexis Da Silva - Slate FR - 03/10
[Reportage] Vacances dans une clinique psychiatrique, première partie. L'été, il y a ceux qui crament au soleil sur des plages aussi bondées que polluées, exposant fièrement leurs photos pieds en éventail. Il y a aussi ceux qui ne partent pas, un Français sur deux, précisément,...

L'été, il y a ceux qui crament au soleil sur des plages aussi bondées que polluées, exposant fièrement leurs photos pieds en éventail. Il y a aussi ceux qui ne partent pas, un Français sur deux, précisément, faute de moyens. Puis, il y en a, une infime minorité, qui pètent un câble et finissent en clinique psy, dégoûtés par une vie qu'ils jugent merdique. Notre journaliste en a fait partie. Premier carnet de bord dans ce lieu hors norme.

Jour 1

D'extérieur, la clinique ressemble à ces hôtels Ibis. Impersonnels mais familiers. Ma tête tremble, agrégat de médicaments ayant vaguement pour effet –du moins je le crois– de me faire tenir debout face à ce qui me semble être une montagne –la vie. «Vous venez pour?», lance l'hôtesse, affable. «Vivre», aimerais-je lui répondre, provocateur. Je me contenterai de lui expliquer qu'on m'a transféré ici sans plus d'explications, après une hospitalisation d'urgence pour une crise suicidaire trois jours plus tôt. Elle me remet les clés de ma chambre, et me dit qu'elle sera double. «On n'a plus beaucoup de places», déplore-t-elle. Privé comme public, le secteur manque de moyens: en 2021, plus de 4.300 lits d'hôpital ont été fermés selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Dress). Il faut croire que la santé des Français n'est plus à la mode.

L'ascenseur s'ouvre, j'arrive à destination. Mon colocataire est un homme de 50 ans. Lunettes multicolores, dos courbé. Il a dans ses mains un cahier rempli de spirales dessinées aux crayons de couleur. Anarchique, son «œuvre» traduit un bouillonnement intérieur. À moins qu'il s'agisse plutôt d'une manière de communiquer. «Il est autiste», clarifie l'infirmière qui m'accompagne, tandis que lui émet des gémissements, content apparemment de recevoir un nouvel arrivant. Moi, j'y vois des airs de Willy Wonka.

Au fond, j'ai tout de même peur. Peur de me dire que cet homme qui cherche vainement à se faire comprendre a peut-être été un jour l'homme que je suis actuellement. Peur, aussi, de devenir aux yeux des autres ce «fou», rebut d'une société qui n'a plus la patience ni l'envie d'accueillir ces défaillants. Alors, moi aussi, j'ai laissé cet homme. Réussi à négocier une autre chambre, égoïstement.

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Jour 2

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[Courte citation de 8% de l'article original]

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