Nobel de médecine : l'ARN messager, une technologie révolutionnaire

LCI - 02/10
[VIDÉO] - La pandémie de Covid-19 a offert un tremplin inattendu à la technologie de la vaccination par ARN messager. Deux chercheurs, Kalatin Kariko et Drew Weissmann, ont reçu lundi le Nobel pour leurs travaux fondateurs dans ce domaine. Retour sur cette molécule découverte il y a 60 ans par des Français et qui met en ébullition aujourd'hui le petit monde de la médecine.

La pandémie de Covid-19 a offert un tremplin inattendu à la technologie de la vaccination par ARN messager.
Deux chercheurs, Kalatin Kariko et Drew Weissmann, ont reçu lundi le Nobel pour leurs travaux fondateurs dans ce domaine.
Retour sur cette molécule découverte il y a 60 ans par des Français et qui met en ébullition aujourd'hui le petit monde de la médecine.

Fruit de plus de quarante ans de recherches, la technologie de vaccination par ARN messager a permis la conception de vaccins se révélant salvateurs, et dans un temps record, lors de la pandémie de Covid-19. Il n’est donc pas surprenant que la biochimiste hongroise Kalatin Kariko et le médecin-chercheur américain Drew Weissman, dont les travaux ont servi de rampe de lancement à cette avancée majeure dans le domaine médical, se voient décerner le prix Nobel de médecine.  C'est pourtant en France, en 1961, que l'histoire commence. Une équipe de l’Institut Pasteur, qui comprend Jacques François, André Lwoff et Jacques Monod, formule une hypothèse : nos cellules ont besoin d’un mode d’emploi pour fonctionner. Et ce mode d’emploi porte un nom, c'est l’ARN (pour Acide ribonucléique) messager. 

Le trio de chercheurs français parvient à identifier cette molécule chargée de transmettre à chaque cellule le bon code génétique. La découverte leur vaut le Nobel de médecine en 1965. Mais à cette époque, on était encore loin d'en faire un traitement. Pendant les années 1970, une équipe de recherche insère pour la première fois de l’ARN messager à des cellules in vitro et réussi à leur faire produire des protéines. L’expérience est menée sur des animaux, en l'occurrence des souris, une dizaine d'années plus tard. Mais la recherche se heurte à deux grandes difficultés. D’une part, les cellules acceptaient mal l'ARN messager de synthèse, avec potentiellement une réponse immunitaire aux effets désastreux. De l’autre, l'ARN messager est, à la différence de l'ADN, très instable, ce qui rend difficile de l'insérer sans qu'il connaisse de modification. 

À la fin des années 1990, Katalin Kariko et Drew Weissmann, qui sont tous deux chercheurs à l'école de médecine de l'Université de Pennsylvanie aux États-Unis, font une découverte cruciale.  Ils parviennent finalement à démontrer que les cellules acceptaient sans problème une version légèrement modifiée de l'ARN messager. "Les scientifiques français […] ont été les premiers à évoquer un vaccin à base d’ARN en 1993. Mais ils n’ont sans doute pas eu les fonds nécessaires pour aller au bout de leur idée", expliquait la biochimiste hongroise, dans un reportage du 20H de TF1 diffusé en 2021. Les deux scientifiques décrivent la méthode en 2005 dans un article publié dans la revue médicale Immunity. À cette époque, ils ne pouvaient imaginer le retentissement qu'allait avoir leur découverte quelques années plus tard.

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Il a encore fallu près de deux décennies de recherche pour que le secteur parvienne enfin à élaborer des vaccins probants chez l'humain, se heurtant à des vagues régulières de scepticisme face aux possibilités réelles de cette méthode. La technologie ARM messager consiste à insérer dans l'organisme des morceaux de code génétique, conçus artificiellement en laboratoire, qui vont ensuite conduire les cellules à reproduire des protéines présentes dans le virus, ce qu'on appelle les "antigènes", afin d'habituer le système immunitaire à le reconnaître et à le neutraliser. Ce qui est très différent d'un vaccin classique, qui va chercher lui à habituer l'organisme à un virus (ou d'autres agents infectieux) en introduisant directement celui-ci dans le corps, sous forme atténuée ou désamorcée. Certains, plus récents, n'injectent que les antigènes du virus. 

Actuellement, le secteur pharmaceutique travaille à l'élaboration de vaccins à ARN messager contre des maladies jusqu'à maintenant résistantes à la vaccination. C'est par exemple le cas du sida et de la malaria ou, dans une moindre mesure, de la grippe saisonnière. Sanofi espère aussi cibler des pathologies comme la chlamydia et l'acné avec cette technologie. Des essais cliniques sont ainsi en cours pour évaluer des traitements contre certains cancers. Ils sont également qualifiés de vaccins, mais leur principe est toutefois bien différent de ceux contre des maladies infectieuses. L'idée, c'est de prélever sur le patient des cellules cancéreuses p...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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