Harcèlement scolaire : le plan du gouvernement est-il efficace contre les violences en ligne ?

LCI - 02/10
[VIDÉO] - Le gouvernement a dévoilé un arsenal de mesures contre le harcèlement scolaire, qui prend aussi en compte le cyberharcèlement, en particulier sur les réseaux sociaux. Une initiative prometteuse, aux yeux de Justine Atlan, directrice générale de l'association E-enfance. Elle souligne toutefois l'importance de remporter l'adhésion des parents, notamment dans les sanctions décrétées contre les harceleurs.

Le gouvernement a dévoilé un arsenal de mesures contre le harcèlement scolaire, qui prend aussi en compte le cyberharcèlement, en particulier sur les réseaux sociaux.
Une initiative prometteuse, aux yeux de Justine Atlan, directrice générale de l'association E-enfance.
Elle souligne toutefois l'importance de remporter l'adhésion des parents, notamment dans les sanctions décrétées contre les harceleurs.

Après une rentrée chamboulée par un nouveau drame, le suicide d'un élève harcelé à Poissy dans les Yvelines, l'heure est à la "mobilisation générale" pour le gouvernement. L'exécutif a présenté la semaine passée un plan interministériel pour lutter contre le harcèlement scolaire, qui comprend tout un volet consacré aux violences en ligne : parmi les mesures annoncées, figurent notamment, sur décision de justice, la confiscation du smartphone et le bannissement des réseaux sociaux pendant six mois voire un an en cas de récidive, pour les auteurs de harcèlement grave. 

Ce plan "prend la juste mesure" du cyberharcèlement, jusqu'alors encore trop sous-estimé par l'Éducation nationale, constate auprès de TF1info Justine Atlan, directrice générale d'Association e-Enfance, dédiée à la protection de l'enfance sur Internet et en charge du 3018, qui va devenir le numéro unique d'aide d'urgence pour le harcèlement scolaire. Reste toutefois à savoir comment les mesures et les sanctions pourront se mettre en place, pour accompagner efficacement les jeunes et leurs parents contre ce fléau qui touche 20% des enfants, souligne-t-elle.

En quoi le cyberharcèlement est-il devenu un véritable prolongement du harcèlement scolaire dans les murs des établissements ? 

C'est un phénomène qui s'est massifié depuis une dizaine d'années, avec l'arrivée des réseaux sociaux et leur utilisation croissante par les jeunes. Les violences en physique se prolongent en ligne, dès que les auteurs et les victimes y sont présents. C'est une arme très puissante, qui agrège de nombreuses personnes : parfois, des élèves qui ne sont pas nécessairement dans le même établissement ou la même classe que la victime vont participer à son harcèlement.

Et pour cette victime, la situation est dramatique, car elle ne dispose plus d'aucun répit, même le soir, le week-end, ou pendant les vacances. Il y a un continuum, le harcèlement ne s’arrête jamais et le numérique amplifie ensuite le phénomène à l'intérieur de l'établissement. C'est un cercle vicieux extrêmement persécutant. 

Le gouvernement vous semble-t-il avoir pris la mesure de ce fléau ? 

Jusqu'alors, l’Éducation nationale a sans doute accumulé un petit retard, en considérant trop souvent le cyberharcèlement comme un phénomène mineur, qui ne la concernait pas forcément. Mais nous avons le sentiment que ce nouveau plan dispose d'un volet numérique important et le prend à sa juste mesure, avec des sanctions pénales spécifiques sur cet aspect. De la même façon, attribuer le numéro unique d'aide au 3018, qui était historiquement celui qui gérait le cyberharcèlement, permet aussi de montrer que ce volet est devenu extrêmement présent aujourd'hui et que l'on ne peut pas traiter le problème en silos. De manière générale, ce nouveau plan interministériel montre que la responsabilité face au harcèlement est partagée entre différentes institutions qui ont toutes leur rôle à jouer : le sport, l'Intérieur, la santé... C'est une approche assez nouvelle.

La confiscation n'est pas une mesure aberrante dans les situations les plus graves : on retire un outil qui est mal utilisé, comme on le ferait par exemple avec le permis de conduire en cas d'accident de la route

Justine Atlan, directrice générale de l'association E-enfance

La confiscation du téléphone ou le bannissement des réseaux sociaux pour les auteurs de cyberharcèlement grave pourront-ils permettre de soulager les victimes ? 

Oui sur le principe, puisque le cyberharcèlement repose sur des leaders, qui sont très moteurs. Si on les désamorce, cela permet en général de calmer le groupe, qui souvent ne se souvient même plus pourquoi il s'est mis à harceler la victime. Cette logique de sanction, si elle est rapidement appliquée, permet aussi de dissuader de futurs comportements malveillants. Mais le bannissement est compliqué à mettre en œuvre, car il faut encore que les réseaux sociaux l'appliquent. La confiscation du téléphone par un juge est en revanche plus simple. Cela permet de couper court aux comportements malveillants, le smartphone étant un outil puissant avec lequel un jeune peut tout faire, et très vite. En une minute, on peut filmer ou photographier la victime, diffuser les images à tout le monde, commenter... sans réfléchir une seconde à ce que l'on fait.

Ce n'est pas une mesure aberrante dans les situations les plus graves : on retire un outil qui est mal utilisé, comme on le ferait par exemple avec le permis de conduire en cas d'accident de la route. Mais il faut que cette sanction soit bien adaptée. Tout va se jouer dans le choix des critères,...
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