Le prix Nobel de médecine et de physiologie a été attribué ce lundi 2 octobre 2023 à la Hongroise Katalin Kariko et l'Américain Drew Weissman. Ces chercheurs sont à l'origine de la technologie clé utilisée dans les vaccins contre le COVID-19. Les deux chercheurs ont été distingués "pour leurs découvertes concernant les modifications des bases nucléiques qui ont permis le développement de vaccins ARNm efficaces contre le Covid-19", a annoncé le jury. "Les lauréats ont contribué au développement à un rythme sans précédent de vaccins à l'occasion d'une des plus grandes menaces pour la santé humaine dans les temps modernes", a-t-il ajouté.
Cette découverte leur a déjà valu de nombreuses reconnaissances, à commencer par le prix de recherche médicale clinique Lasker-DeBakey qui leur a été décerné en 2021. Ce dernier est l’un des plus prestigieux de la médecine.
En septembre 2021, Katalin Kariko s'est aussi vue remettre le 24e prix L'Oréal-Unesco "Pour les femmes et la science". Dans un communiqué, la Fondation L'Oréal et l'Unesco ont notamment fait valoir à l'époque "sa contribution exceptionnelle au perfectionnement de la technologie dite de l'ARN messager", qui a permis de "franchir le pas décisif dans la mise en place des vaccins contre la Covid-19", comme ceux développés par Pfizer BioNtech et Moderna. La biochimiste a également reçu la même année la Grande Médaille 2021 de l'Académie française des sciences, attribuée tous les deux ans à un savant français ou étranger.
Cette chercheuse d'origine hongroise, âgée de 68 ans, est également vice-présidente senior du laboratoire allemand BioNTech, associé à la firme Pfizer. Cette dernière, soulignait à l'époque l'Académie des sciences, a eu du mal à convaincre de l'utilité de ses travaux centrés sur l'acide ribonucléique (ARN) messager, molécules qui donnent aux cellules un mode d'emploi leur permettant de fabriquer des protéines capables de neutraliser le virus.
Dans les années 1990, alors qu'elle travaille aux États-Unis, ses demandes de financement ont été plusieurs fois rejetées, la communauté scientifique s'intéressant davantage aux recherches sur l'ADN et à la thérapie génique. Mais, "convaincue du potentiel vaccinal de ses travaux", elle a persisté dans ses recherches, aux côtés de l'immunologiste Drew Weissman, ajoute l'institution française.
Congratulations to one of our new medicine laureates: Katalin Karikó ( @kkariko )! 🎉 An interview with her will be coming soon. pic.twitter.com/n3oltlM1zG — The Nobel Prize (@NobelPrize) October 2, 2023
"Nous avons commencé à travailler ensemble en 1998, sans beaucoup de financements ni d'entrées dans le monde des revues scientifiques", raconte ce dernier en septembre 2021 à l'AFP au sujet de sa collaboration avec Katalin Kariko. C'est en 2005 qu'ils parviennent à trouver une façon de modifier l'ARN synthétique pour l'empêcher de provoquer une réaction inflammatoire massive constatée dans des expériences auprès d'animaux. "Juste avant la publication de notre étude, j'ai dit : Nos téléphones ne vont pas arrêter de sonner", poursuit-il.
"Mais on attendu près de nos téléphones pendant cinq ans… et ils n'ont jamais sonné!". Puis, ils ont franchi un nouveau palier, en réussissant à placer leur précieux ARN dans des "nanoparticules lipidiques", un enrobage qui leur évite de se dégrader trop vite et facilite leur entrée dans les cellules. Leurs résultats sont rendus publics en 2015. Ces deux percées ont été utilisées dans les vaccins anti-Covid de Pfizer et Moderna.
Sur lemême thème