Les troupes ukrainiennes ont repris début septembre la localité de Robotyne, au sud-est de la centrale nucléaire de Zaporijia. Depuis, la ligne de front progresse mètre par mètre, dans une véritable guerre de tranchées. Cette partie du front sud se trouve dans l'axe de progression stratégique de la contre-offensive ukrainienne, en direction de la mer d’Azov. Les forces russes ont envoyé de nombreux renforts pour stopper la percée des Ukrainiens, après la prise de Robotyne. C'est là que l'envoyée spéciale de LCI, Gwendoline Debono, a passé quelques heures avec les soldats ukrainiens, qui subissent plusieurs fois par jour le feu de l'artillerie russe.
En silence, une colonne de soldats ukrainiens rejoint les positions les plus éprouvantes de la ligne de front, comme on le voit dans le document exclusif de LCI en tête de cet article. Ce réseau de tranchées formait la première ligne de défense russe, dont ces hommes de la 65ᵉ brigade se sont emparés au début de la contre-offensive. Des munitions ont été abandonnées un peu partout par les troupes russes au moment de leur retraite.
"Vous voyez, tout ça, c’est du matériel neuf, même pas déballé !", explique un militaire ukrainien au micro de notre envoyée spéciale. "Mais tu vois la distance à parcourir jusqu'ici ?", poursuit Borsouk, "on n'amène pas de voiture ici, il faut tout porter à pied, donc on prend, mais petit à petit".
Pour rejoindre les positions plus avancées, pas d’autre choix que de progresser à pied, et surtout à découvert, sur plusieurs kilomètres. Ce matin, l'artillerie russe semble avoir déjà déterminé ses cibles, et commence un pilonnage méthodique. "C’est vraiment proche", commente un autre Ukrainien, Poltava, "je crois qu'ils nous ont vus, il doit y avoir un drone très proche". Les hommes se taisent, et cherchent à localiser les frappes à l'oreille. "Ils corrigent leur tir, là", explique Poltava "ils visent l'ensemble de la position, ils commencent par ce côté, ils balayent, et ils reviennent de ce côté".
C’est une question de chance ici, soit ils te touchent, soit ils te manquent
Poltava
Rien d'autre à faire qu'attendre, impuissant. "C’est une question de chance ici, soit ils te touchent, soit ils te manquent", résume le soldat. Parfois, au lieu des tirs de mortiers, ce sont des bombardements aériens, racontent les hommes, encore plus redoutables. "Et dire que j'aimais tellement voyager, c'était tellement cool", soupire un soldat pendant l'attente, "je voudrais que tout ça s'arrête pour que tout le monde puisse vivre en paix, voyager, profiter d'une planète normale quoi".
Ces hommes ont pour mission d’élargir la brèche créée dans les défenses russes. Ici les victoires se comptent en mètres, et les distances en vies humaines. Le groupe continue d’avancer dans le bocage, qui relaie les tranchées là où elles ne sont pas encore creusées. Le marquage au sol indique un étroit chemin déminé. Des drones des deux camps volent en permanence. "C'est nos gars des drones là bas ?", demande un soldat. Les deux armées sont très proches, la situation est confuse. "Peut-être, j’en sais rien !", lui répond un autre, "ça ne fait qu’une nuit qu’on est là, on nous a amené quand il faisait sombre".
C'est à ce moment que tout le monde se jette à terre, au signal d'un des hommes. L'aviation russe vient de larguer deux "Kab", des bombes de 500 kg. Juste après les bombardements, les Russes envoient des drones kamikazes, qui ont fait deux blessés. Pas trop sérieusement touchés, les deux soldats vont s'évacuer tout seuls. À l'arrière du front, une explosion se fait entendre : un avion russe a largué une bombe sur une ville proche, où vivent encore plusieurs centaines de civils.
Sur lemême thème