Plateforme vos ennemis

Graeme Wood - The Atlantic - 22/09
Plus la figure géopolitique est odieuse, plus l’invitation est urgente.

« Ne touchez jamais à vos idoles, écrivait Flaubert dans Madame Bovary, car la dorure vous collerait aux doigts. » Il y a quelques jours, Roya Hakakian affirmait dans The Atlantic que rencontrer ses ennemis était encore moins hygiénique. Ebrahim Raisi, le président iranien, « a du sang sur les mains », annonçait le titre. Raisi avait été invité à s’adresser au Council on Foreign Relations, et Hakakian a écrit dans un communiqué que l’invitation était « un baptême politique » pour un homme dépravé. Les précédents présidents iraniens ont inclus un négationniste de l’Holocauste, mais la dépravation de Raïssi a dépassé les limites : les tribunaux ont déterminé qu’il menait une politique de massacres de dissidents dans les années 1980. « Il y a une distinction importante entre [Mahmoud] Ahmadinejad, qui nie un mal », a-t-elle écrit, « et Raïssi, qui en a commis un ».

Je vois les choses différemment : plus la figure géopolitique est odieuse, plus l’invitation est urgente. Comme Hakakian, je suis membre du CFR. Et hier, j’ai assisté, avec une poignée d’autres personnes, à l’événement Raisi.

La réunion n’a pas été enregistrée, je ne peux donc pas rapporter ce qui s’y est dit. En tant que journaliste dont le seul objectif est d'écrire pour le public sur ce qu'il apprend, je dois combattre l'instinct de cracher le bâillon, qui était une condition de ma présence. Mais même si je ne peux pas rapporter ce qui a été dit, je peux affirmer avec certitude que le public de tout rassemblement comme celui-là repartira en sachant plus et en rapportant avec plus de compétence que s'il était resté chez lui par principe. Même lorsque les paroles prononcées ne sont pas enregistrées, comme l’étaient celles de Raïssi, ceux qui les e...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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