Un président de la République présent lors d'une messe, une entorse à la laïcité ? La question agite la classe politique depuis que l'Élysée a confirmé jeudi qu'Emmanuel Macron assistera à la grande messe donnée par le pape François au stade Vélodrome à Marseille, samedi 23 septembre. Visé par des critiques d'élus de gauche, le palais présidentiel a estimé que la séparation entre l'Église et l'État, encadrée par la loi de 1905, n'excluait "absolument pas que la République entretienne des relations" avec "tous les cultes".
Dès mercredi, la possibilité que le président assiste à cette messe qui rassemblera des dizaines de milliers de personnes, point d'orgue de la visite du pape François les 22 et 23 septembre dans la cité phocéenne, avait suscité une levée de boucliers à gauche, principalement au sein de La France insoumise mais aussi au-delà. "Je suis en désaccord avec le fait qu'un élu et en particulier le président de la République participe ès qualités à une cérémonie religieuse", a affirmé sur X (ex-Twitter) le député insoumis Alexis Corbière, tandis que le chef des communistes Fabien Roussel a jugé sur franceinfo que "ce n'est pas forcément la place du président de la République d'assister à une messe" dans une "république laïque".
Un point de vue que rejoignent certains spécialistes de la question. Le principe républicain de la laïcité stipule en effet que "l'État doit être neutre vis-à-vis des religions", explique à l'AFP le philosophe Lucien Jaume, directeur de recherche au CNRS et membre du Cevipof. Conséquence : "le président n'est pas dénué de vie privée et il peut aller à l'office de son choix", mais la donne change quand il s'y présente au nom de sa fonction présidentielle, souligne l'auteur de l'ouvrage L'éternel défi : L'État et les religions en France des origines à nos jours (2022).
De nombreux présidents de la Ve République ont ainsi affiché leur pratique religieuse personnelle en assistant à des messes, à commencer par le général de Gaulle qui se rendait à la messe "quasiment chaque dimanche" mais en prenant "soin de préciser que c'était à titre privé", rappelle le spécialiste. Certains avaient aussi dévoilé leur confession lors d'évènements officiels. Le 12 novembre 1970 par exemple, Georges Pompidou s'agenouillait en prière lors des funérailles de son prédécesseur à l'église Notre-Dame de Paris, des images à retrouver dans la chronique de LCI en tête d'article. Bien plus tard, en 2010, Nicolas Sarkozy avait esquissé un signe de croix lors d'une visite à la basilique Saint-Pierre de Rome.
En revanche, en tant que chef de l'État, les règles changent, selon le philosophe : "Un chef de l'État n'a pas, en tant que tel, à participer à un service religieux, sauf dans le cas précis où la République à travers lui manifeste un hommage national à un grand personnage", estime-t-il. Ce fut le cas par exemple lorsqu'Emmanuel Macron avait assisté à la messe célébrée en 2017 en mémoire du père Jacquel Hamel, un an après son assassinat en l'église de Saint-Etienne du Rouvray, ou encore celle consacrée au chanteur Johnny Hallyday, la même année, un évènement que l'Élysée a tenu à rappeler pour répondre à la polémique.
Le palais présidentiel estime de son côté que la venue du président à l'office de Marseille est justifiée et ne remet pas en cause le principe de neutralité de l'État. Le président s'est rendu par le passé dans des synagogues ou a participé à la "rupture du jeûne" lors du mois musulman de ramadan, a souligné un de ses conseillers auprès de l'AFP.
L'Élysée insiste aussi sur une fine nuance : le chef de l'État assistera à la messe, mais sans y participer, notamment en refusant l'eucharistie, le sacrement au cours duquel le fidèle reçoit l'hostie. "Le général de Gaulle avait une formule quand il allait à la messe, il disait que la République ne communiait pas", a expliqué ce conseiller auprès de l'AFP, insistant sur le fait qu'Emmanuel Macron, baptisé à 12 ans dans la foi catholique et qui se présente en "agnostique" sensible à la "transcendance", ne se rendra pas à l'office "en tant que croyant" mais "en tant que chef de l'État".
"Le pape est aussi un chef d'État, du Vatican, il n'est pas absolument anormal que le chef de l'État le rencontre, fut-ce au cours d'une messe", a aussi rétorqué sur LCI vendredi matin Bernar...
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