Des cris menaçants des arbres, alors qu'on ne voit rien, seul le son pénètre la lisière de la forêt qui se referme comme un mur vert brunâtre, le son viscéral, bestial qui monte : l'eau, le Rezéti-Danube brun qui recule après son dernier flot, porte et amplifie le son. Alors que tout devient de plus en plus sombre une heure après le coucher du soleil, la forêt agitée devient de plus en plus bruyante. Les grosses bêtes vivent leur vie sans être dérangées par les humains, et vous avez le sentiment que ces forces sont bien plus grandes que vous, que les humains sont ici éclipsés. Une manifestation viscérale du pouvoir primordial, comme si nous pouvions faire partie de la nature le temps d'une nuit : c'est ce que l'on ressent en entendant le rugissement d'un cerf.
Le sentiment est facile à donner, mais pas facilement. La forêt de Gemenc, où les cerfs élaphes sont les plus grands d'Europe, ne peut être approchée uniquement par notre propre barbe, c'est une zone strictement protégée. Mais à cette époque, fin août, début septembre, comme des insectes bourdonnant d’excitation à la lumière, des centaines de personnes intéressées se rassemblent pour faire partie de ce qui reste de la nature intacte et sauvage laissée à l’homme du XXIe siècle. Mais il n’y a pas de véritable sauvagerie parmi cent trente personnes. Pour cela, il faut se détacher du groupe, traverser la végétation riveraine, s'enfoncer jusqu'aux chevilles dans la boue de la crue de la semaine dernière, s'accrocher aux branches boueuses et glisser jusqu'au rivage, où la voix humaine ne pénètre plus, seulement le bourdonnement affamé de centaines et de centaines de moustiques. Et là ...
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