C'est ce qu'on appelle avoir le sens des priorités. Annoncé titulaire contre l'Uruguay, jeudi 14 septembre (à 21h, en direct sur TF1, MYTF1 et en live commenté sur TF1info), Louis Bielle-Biarrey s'apprête à devenir, à 20 ans et 88 jours, le plus jeune joueur à disputer un match de Coupe du monde avec le XV de France. L'ailier casqué de l'Union Bordeaux-Bègles va rayer des tablettes Romain Ntamack. Le 21 septembre 2019, lors du Mondial au Japon, le Toulousain avait convaincu Jacque Brunel, alors sélectionneur, de le titulariser à l'ouverture. Âgé de 20 ans et 143 jours, et avec seulement 8 sélections en poche, le fils d'Émile Ntamack avait fait ses premiers pas dans la compétition, couronnés d'une victoire contre l'Argentine (23-21).
Quatre ans plus tard, "LBB" va battre ce record de précocité en Bleu. "J'ai vu ça sur les réseaux, mais ça ne m'évoque pas grand-chose. Ce n'est pas ça qui va nous aider à être champions du monde", a-t-il souri, mardi 12 septembre, à deux jours de son baptême du feu. "J'y vais avec beaucoup d'enthousiasme et l'envie de prendre du plaisir." Et pour cause, le natif de La Tronche, en Isère, formé à Seyssins puis à Grenoble, comme son illustre aîné Vincent Clerc, n'était pas programmé pour jouer cette Coupe du monde "à la maison". En cette rentrée, le joueur de l'UBB aurait dû passer ses examens universitaires.
"J'avais des sessions de rattrapages, mais évidemment, je ne peux pas y aller", s'est amusé l'étudiant en IUT de gestion des entreprises et administration, benjamin des 33 Mondialistes retenus par Fabien Galthié. Titulaire d'un bac scientifique (mention bien), Louis Bielle-Biarrey espérait encore, il y a quelques mois, intégrer une école de commerce après son DUT. Mais ça, c'était avant de réussir à se frayer un chemin jusqu'à l'équipe de France. "Pour les études, ça devient de plus en plus compliqué", a reconnu le Bordelo-Béglais, qui a toutefois affirmé sa volonté d'"aller au bout" de son cursus scolaire.
Il a énormément d'appétit
William Servat, entraîneur des avants du XV de France
"Personnellement, ça me fait du bien de ne pas penser tout le temps au rugby", a-t-il expliqué. Néanmoins, "il faut le faire intelligemment pour que je reste bon au rugby et que les études ne me prennent pas trop de temps non plus". En résumé, trouver le juste milieu pour ne pas perdre l'élan fougueux qui est le sien. Ce qu'il a réussi à faire jusqu'ici en conciliant, avec une certaine facilité, les études supérieures et le rugby de très haut de niveau. Ce qui est loin d'être une mince affaire.
Malgré un planning chargé, entre l'école et l'ovalie, "LBB" a joué crânement sa chance. Il n'a cessé de repousser ce que l'on croyait être ses limites. "Quand on voit Louis faire une pointe à 35km/h, ça marque les esprits. Il a énormément d'appétit", l'encensait William Servat, en charge des avants tricolores, fin juillet, en pleine préparation pour le Mondial. Séance après séance, le jeune Bleu, non-capé jusqu'à son premier essai en Écosse début août, a gagné l'estime et la confiance du staff tricolore. Tout proche de ne pas passer le couperet des 42, il s'est affirmé comme une évidence aux yeux du staff tricolore, qui l'a conservé dans les 33 au détriment d'Ethan Dumortier. "Nos entraînements sont des matchs et à chaque fois on se disait 'waouh !'", saluait un Fabien Galthié dithyrambique, en marge de l'annonce de sa liste pour la Coupe du monde.
"On ne peut jamais fermer la porte à l'éclosion, c'est l'espoir qui permet de nourrir toute une génération d'enfants", assurait l'ancien demi de mêlée. "On peut rêver et réaliser son rêve, ils le font, et ce n'est pas terminé, Louis en est l'exemple." L'exemple qu'il n'y a pas d'âge pour rêver. À condition de savoir provoquer sa chance. Même quand on a 20 ans.
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