Échec du G20 sur le climat : la doctrine de l’absurdie

LCI - 11/09
Les dirigeants du G20, réunis en Inde, ont échoué ce week-end à appeler à sortir des énergies fossiles. "Une absurde procrastination", pointe Fabrice Bonnifet. Le président du C3D (Collège des Directeurs du Développement durable) nous livre son nouvel édito.

Les dirigeants du G20, réunis en Inde, ont échoué ce week-end à appeler à sortir des énergies fossiles.
"Une absurde procrastination", pointe Fabrice Bonnifet.
Le président du C3D (Collège des Directeurs du Développement durable) nous livre son nouvel édito.

Sur le plan du climat, nous n’attendions rien du énième G20... et on a tout de même été déçu. Dans leur déclaration finale, les dirigeants des pays qui représentent 80% des émissions mondiales de GES, n’ont toujours pas appelé à sortir des énergies fossiles et "en même temps", ils ont réaffirmé la nécessité d’une réduction rapide des émissions de 43% d'ici à 2030 par rapport à 2019. La meilleure façon de décourager la jeunesse éco-anxieuse qui s’impatiente face à l’inaction climatique, c’est de maintenir l’ambiguïté des investissements dans l'Oil & Gaz... avec l’Accord de Paris en perspective.

On peut même d'ores et déjà prédire que le G20 publiera l’an prochain le même communiqué avec juste un réajustement des ambitions de réduction, mais toujours la même ligne d’arrivée. Et ainsi de suite jusqu’à l’ultime promesse de gascon d’une réduction de 100% des émissions dans la nuit du 31/12/2029 au 01/01/2030 ! L'explication de cette absurde procrastination résulte du fait que la sainte croissance du PIB dépend essentiellement de notre capacité à consommer toujours plus d’énergie. Et croire que les énergies renouvelables pourraient soutenir à elles seules la croissance, tout en diminuant la part des énergies fossiles en absolu dans le mix mondial, relève de l’illusion. 

Tel l'arroseur arrosé, il commence à être largement admis que l’augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes dus à notre addiction au pétrole, gaz et charbon, commence à participer à la diminution du PIB

Fabrice Bonnifet

À force de nier l'évidence qu’une croissance verte est impossible, on préfère polluer toujours plus plutôt que de chercher à faire émerger un nouveau modèle de prospérité sans croissance. Et ironie du sort, alors que les énergies sales ont été depuis l’avènement de la civilisation thermo-industrielle à la fois à l’origine et le moteur de la croissance, voilà qu’elles sont en passe de précipiter vers l’abîme l’économie en même temps que l’humanité. 

En effet, tel l'arroseur arrosé, il commence à être largement admis que l’augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes dus à notre addiction au pétrole, gaz et charbon, commence à participer à la diminution du PIB. L’Allianz Trade a même estimé cette baisse à 0,6 point du PIB mondial en 2023 et il est certain que ce chiffre va exploser dans les années à venir. Sachant qu’un jour de canicule, dépassant les 32 degrés, équivaut à une demi-journée de grève en termes de baisse de la productivité, au rythme de l’augmentation des épisodes caniculaires, les compagnies de CRS vont rapidement être affectées au "refroidissement" des entreprises.

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Devant tant d’irrationalité et d’incompétence, préparons-nous à entendre les décideurs de tout poil proclamer haut et fort qu’il va falloir booster la croissance pour compenser les effets néfastes des dérèglements climatiques pour l’économie. Car ce sont ces injonctions contradictoires qui expliquent l’apathie chronique de ceux qui pourraient et devraient agir. Dans ce contexte anxiogène pour notre avenir, il serait plus judicieux, dans cette période de rentrée scolaire, de renoncer à enseigner à nos enfants les subtilités du passé simple et de privilégier les réalités effroyables du futur compliqué !

Fabrice BONNIFET

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