Et si la procrastination était surtout une affaire de désir?

Franklin Schneider - Slate FR - 06/09
Tout le monde a plus ou moins tendance à remettre au lendemain ce qu'il aurait dû faire la veille. Mais savons-nous vraiment pourquoi?

Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai fait quelque chose avant d'y être absolument obligé. Je ne paie pas mes factures avant d'avoir reçu la deuxième ou la troisième relance. Et lorsque ma copine et moi sommes partis en vacances en Europe, je n'ai obtenu mon passeport que la veille au soir. Tous les six mois, je jette les plats sales que j'ai négligé de laver pendant six mois et j'en achète de nouveaux.

Récemment, j'ai été engagé comme rédacteur pour une start-up. Je devais rendre ma copie toutes les deux semaines. Je ne faisais rien pendant treize jours, puis j'écrivais 12.000 à 15.000 mots au cours d'un marathon sauvage de vingt heures, lors duquel arrivait toujours le moment de désespoir où, affalé à mon bureau, la tête dans les mains, je jurais que je ne m'infligerais plus jamais une chose pareille. (Je recommençais toujours, inévitablement, deux semaines plus tard).

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La procrastination est un mal dont je suis affligé; elle est par ailleurs si courante qu'on pourrait la qualifier de mal universel. Elle n'est pas l'apanage des perdants ni même des humains: les pigeons procrastinent, les singes aussi. Les grands hommes procrastinent. Léonard de Vinci, chargé un jour de réaliser une peinture en sept mois, a mis vingt-cinq ans à l'achever. En mourant, il s'est excusé d'avoir «laissé tant de choses en suspens».

Après avoir formulé sa théorie de la sélection naturelle et dit à ses amis qu'elle allait bouleverser le monde scientifique, Charles Darwin a mis vingt-deux ans à la coucher sur papier, consacrant les décennies de flottement à des recherches sur les bernacles, qui lui ont inspiré ces mots dans son autobiographie: «Je doute que ce travail justifie tout le temps que j'y ai consacré.»

«On a le temps, les gars»

Plus la tâche est conséquente, plus il est tentant d'attendre la dernière minute. En 2018, les scientifiques ont ainsi commencé à déployer des efforts d'envergure pour sauver le rhinocéros blanc du Nord, alors qu'il n'en restait plus que deux sur la planète. J...
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