Par une belle matinée de début juin, des législateurs allemands, des fonctionnaires de la ville de Berlin, des ambassadeurs et d'autres dignitaires se sont rassemblés à la porte d'un imposant édifice moderniste, attendant qu'un prêtre vaudou conclue un rituel sous un arbre.
Le prêtre, Jean-Daniel Lafontant, était venu d’Haïti pour aider à rouvrir la Maison des cultures du monde, le centre distingué mais démodé de Berlin pour les arts et les idées non européens. Sa tâche était d’invoquer Papa Legba – gardien des seuils et des carrefours – avant que les portes ne s’ouvrent sur une institution radicalement réinventée.
La Maison – ou H.K.W., comme tout le monde l’appelle, en utilisant ses initiales allemandes – est une bête encombrante, un anachronisme plein de promesses. Il jouit d’un prestige et d’un financement public généreux. Il a de l'espace : une salle de congrès de 1957 avec une place en béton et un toit incurvé spectaculaire. (Le bâtiment était un cadeau américain à Berlin-Ouest pendant la guerre froide.)
Mais sa mission est ambiguë, jusqu’au nom, qui rappelle les pavillons des expositions universelles. Fondée en 1989 à l’aube du multiculturalisme et quelques mois seulement avant la chute du mur de Berlin, H.K.W. a oscillé entre des programmes qui mettent en valeur l’étrangeté – par exemple des expositions sur un seul pays, ou de la musique et des films « du monde » – et des tarifs plus complexes.
Ces dernières années, alors que les débats en Allemagne sur l’immigration, la politique israélo-palestinienne et la montée de l’extrême droite suintent dans la sphère culturelle, H.K.W. semblait penché dans une position académique, visant, selon son ancien site Internet désormais archivé, à « initier des processus de réflexion et concevoir de nouveaux cadres de référence ».
Pour insuffler un nouveau dynamisme, le gouvernement a fait un choix atypique en faveur d’une institution publique. Depuis janvier, il est dirigé par Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, un ancien microbiologiste camerounais, devenu conservateur, critique et figure charismatique de la scène artistique alternative berlinoise.
Ndikung, devenu citoyen allemand en 2006, est le premier réalisateur non blanc de H.K.W. L’institution n’avait jamais eu de conservateur non européen jusqu’à l’arrivée de sa nouvelle équipe ultra-diversifiée. Leur première décision fut de fermer H.K.W. pe...
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