Cela fait un mois que les gardes militaires sous le commandement du général Abdourahamane Tchiani ont mis fin à 12 années de gouvernance démocratique au Niger. La situation semble être dans une impasse puisque la junte a refusé de rétablir immédiatement la démocratie.
Dans une émission nationale du 19 août, Tchiani a déclaré que le régime militaire organiserait des élections et rendrait le pouvoir à un gouvernement démocratique après trois ans.
La Cedeao a rejeté la proposition. Le commissaire de la Cedeao à la paix et à la sécurité, Abdel-Fatau Musah, a déclaré que le bloc régional souhaitait un rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel et la libération du président nigérien Mohamed Bazoum.
Au-delà du rejet de la proposition, la Cedeao semble perdue quant à la marche à suivre.
Les choses ont été encore plus brouillées par une déclaration du 21 août de l’Union africaine dans laquelle elle « s’oppose fermement » à toute intervention militaire de pays extérieurs au continent. Les observateurs ont noté que la déclaration est ambiguë et donc inutile.
L’UA n’a pas clairement exprimé sa position sur une intervention de la Cedeao pour restaurer la démocratie.
Ces développements confirment mon point de vue précédemment exprimé selon lequel une intervention militaire est peu probable en raison des nombreuses complications qu’elle entraînerait.
Maintenant que la junte a exposé sa position et que la Cedeao l’a rejetée, quelle est la prochaine étape ?
En tant que spécialiste de la politique et des relations internationales, j'ai analysé les implications des bases militaires étrangères au Niger. J'ai également déjà souligné le rôle que joue le Nigéria dans les organisations régionales telles que la Cedeao et la Force multinationale conjointe dans la région.
Je pense qu’il y a trois choses que la Cedeao, dirigée par le Nigeria, peut faire pour résoudre la situation sans recourir à la force ni perdre sa crédibilité en tant qu’organisation. Le bloc régional a commis une erreur en imposant simultanément des sanctions, en menaçant de recourir à la force et en lançant un bref ultimatum au régime pour qu'il cède le pouvoir.
La Cedeao doit maintenant repenser sa stratégie en réévaluant et en ciblant correctement ses sanctions ; négocier une courte période de transition; et négocier les intérêts étrangers au Niger.
La Cedeao doit s’assurer que ses sanctions ciblent uniquement les dirigeants de la junte militaire et leurs alliés. Il doit également convenir qu’il est peu probable que Bazoum soit réintégré et qu’il devrait donc y avoir une courte période de transition.
En outre, l’organisation doit être proactive en aidant les États-Unis à protéger leurs intérêts de sécurité et la France ses intérêts économiques à des conditions favorables au Niger. Les États-Unis ont investi massivement dans les infrastructures de sécurité au Sahel (principalement au Niger), tandis que la France investit dans le secteur minier.
Les sanctions imposées par la Cedeao sont très sévères. Les prix des aliments de base ont augmenté parce que le Niger est un pays enclavé et dépend de ses voisins pour la plupart de ses importations. Certains pays ont fermé leurs frontières avec le Niger, perturbant ainsi l'économie du pays. Si les sanctions semblent efficaces, elles touchent davantage les Nigériens ordinaires que la junte.
De plus, le Nigeria a coupé l’approvisionnement en électricité. Cela a un impact sur les petites entreprises et les Nigériens moyens.
L'impact des sanctions alimente le ressentiment envers la Cedeao et l'organisation est accusée d'agir au nom de la France.
Les sanctions ont eu pour effet de contraindre la junte à négocier et à rouvrir la possibilité d'un dialogue. C'est ce qui, je crois, a abouti à l'annonce d'une période de transition de trois ans. Il est donc essentiel que la Cedeao maintienne une partie des sanctions. Mais ils devraient cibler les membres de la junte au pouvoir et leurs alliés.
La junte comprend également que les perceptions du public pourraient changer rapidement si les difficultés persistent. La Cedeao doit donc utiliser cela comme levier dans les négociations.
Il est très peu probable que Bazoum soit réintégré dans ses fonctions, étant donné le chemin parcouru par la junte pour se retrancher.
La Cedeao devrait faire pression pour une courte période de transition. L'Algérie a déjà proposé une transition de six mois. Cette période de transition doit être cohérente dans les quatre pays qui ont connu des coups d’État : la Guinée, le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
L’inaction perçue de la CEDEAO lorsque les juntes militaires ont pris le pouvoir dans les trois autres pays a enhardi la junte au Niger. Cette situation a été corrigée par des paroles et des actions fermes de la part de la Cedeao après le coup d'État au Niger et doit être maintenue pour dissuader les autres pays de la région.
Une courte période de transition rétablira la stabilité du pays et aidera les partenaires occidentaux à protéger leurs atouts et à continuer de soutenir la lutte contre l'insurrection.
Un problème clé observé depuis la prise du pouvoir par l’armée est la colère et le ressentiment envers la France et la perception d’une « occupation étrangère ».
La France a des intérêts économiques importants qui, selon le peuple, ne lui ont pas profité. Par exemple, Areva – la plus grande société minière d’uranium du Niger – a déjà été accusée de ne pas payer au Niger un taux d’impôt équitable. Bazoum a été accusé d'être une marionnette de la France.
Les États-Unis ont des intérêts en matière de sécurité dans le pays, notamment l’une de leurs plus grandes bases de drones en Afrique.
Toute tentative visant à amener ces pays à renoncer à leurs intérêts se heurtera à une forte opposition mais aura également un impact négatif sur l’économie et la sécurité du Niger.
La Cedeao devra faire deux choses pour apaiser les Nigériens et stabiliser la région.
Premièrement, il doit garantir que le Niger obtienne une part équitable de ses ressources auprès des sociétés minières opérant dans le pays.
Deuxièmement, la Cedeao doit s’impliquer davantage dans la collaboration avec les États-Unis et leurs alliés dans la lutte contre le terrorisme dans la région. Le terrorisme est un problème régional et la Cedeao doit être plus proactive pour aider ses membres.
Actuellement, la Cedeao est considérée comme un ennemi du Niger et l’organisation doit changer cette perception. Il est temps pour la Cedeao de mettre un terme à la menace d’une intervention militaire au Niger et de s’engager dans la diplomatie afin de ne pas aggraver la situation déjà précaire de la région.