L'alerte est grave, et elle semble avoir été entendue. Ce dimanche, le président des Restos du Cœur, Patrice Douret, a lancé au cours du 13H de TF1 un appel à "la mobilisation massive des forces politiques et économiques de ce pays", pour surmonter la grave crise qu'affronte l'association. Avec toujours plus de bénéficiaires et moins de ressources, pour des causes toutes liées à la crise économique, les Restos pourraient même "mettre la clé sous la porte" d'ici à trois ans, selon Patrice Douret. Dès cet hiver, l'association devra "dire non" à des demandeurs qui auraient été acceptés l'an dernier.
Son appel paraît avoir été entendu, et le soir même, au 20H de TF1, la ministre des Solidarités, Aurore Bergé, annonçait une enveloppe d'urgence de 15 millions d'euros. Dans le même temps, plusieurs patrons de la grande distribution promettaient des opérations pour soutenir les Restos cet hiver. La crise traversée par l'association caritative met en lumière son extrême dépendance à la générosité publique et aux subventions, l'occasion de faire le point sur le fonctionnement de son financement.
Comme l'indique leur rapport annuel 2021-22, les Restos du Cœur reposent à 74,7% sur la générosité publique. Les dons, ainsi que le bénévolat, sont toujours la clé de voute de l'association, fondée par Coluche en 1985 dans un esprit de solidarité nationale. La "loi Coluche", conçue par l'humoriste, et votée deux ans après sa mort en 1986, avait créé un système de réduction d'impôts incitatif, dans la limite d'un plafond actuellement situé à 1000 euros.
Si le montant des dons n'a pas été communiqué pour l'exercice en cours, on peut craindre que la crise inflationniste aura eu un effet négatif sur les capacités des Français. L'année dernière, les quelque 500.000 donateurs particuliers avaient offert plus de 86 millions d'euros, et on comptait environ 70.000 bénévoles sur tout le territoire. L'action de ces derniers, rapportée au taux horaire du Smic, coûterait 185 millions d'euros.
Les bénéfices des concerts des Enfoirés, ainsi que des DVD qui en sont issus et du merchandising, représentent seulement 1,5% des ressources, mais près de 10% des recettes, indépendamment de la masse de dons qu'ils génèrent pour l'association, dont ils demeurent la vitrine publique. Les Restos du Cœur affirment par ailleurs avoir maintenu les frais de fonctionnement de l'association à 5,5% de son budget total.
Le troisième volet du financement provient des subventions publiques, à hauteur de 21%, dont une forte contribution européenne. Les Restos reçoivent également des dons en nature via le Fonds Social Européen (FSE), qui représente 30% de leur budget alimentaire, et 22% du tonnage total.
Le modèle socio-économique de l'association caritative repose à parts pratiquement égales sur le bénévolat, les "partenariats et les dons alimentaires", et les ressources financières à proprement parler. Ces dernières sont mobilisées à 60% par l'achat de denrées auprès des distributeurs. La hausse très forte des prix dans le secteur alimentaire a eu un effet direct sur les comptes des Restos, qui doivent désormais trouver 35 millions d'euros pour atteindre l'équilibre.
L'association a déjà accueilli 1,3 million de personnes en 2023, contre 1,1 million sur l'ensemble de l'année dernière. Ces derniers mois, son budget pour les achats alimentaires, redistribués ensuite gratuitement aux bénéficiaires, a "doublé".
Les Restos s'attendent à servir 170 millions de repas cette année, contre 140 millions en 2022. Patrice Douret a indiqué que les critères d'admissibilité allaient devoir être révisés, excluant de nombreuses personnes qui auraient été bénéficiaires l'année dernière.
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