Les vastes ressources en eaux souterraines de l'Afrique sont soumises à la pression du changement climatique : comment les gérer

Gaathier Mahed - TheConversation-Europe - 03/09
Une meilleure surveillance des eaux souterraines est importante pour une gestion durable.

Tous les pays disposent de diverses ressources en eau : certaines se trouvent en surface, comme les rivières, et d’autres sous terre. Ces eaux souterraines fournissent près de 50 % de toute la consommation domestique mondiale et 43 % de toute l’eau utilisée pour l’agriculture.

Les eaux souterraines sont stockées dans des aquifères, qui se présentent sous diverses formes et tailles. On peut y accéder de plusieurs manières, mais principalement en forant des puits. Toutes les eaux souterraines ne nous sont pas utiles – cela dépend du fait qu’elles soient fraîches ou mélangées à du sel et de leur profondeur, car cela affecte la facilité d’accès.

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En Afrique, les eaux souterraines sont très importantes. Il soutient près de 100 % des activités domestiques et agricoles des zones rurales. Et comme il est souterrain, il est protégé de l’évaporation, une ressource cruciale dans un climat en réchauffement.

Ces faits et chiffres figurent dans un récent rapport de la Banque mondiale qui examine les problèmes auxquels sont confrontées les eaux souterraines en période de changement climatique. En tant que scientifique des eaux souterraines qui s’intéresse à leur utilisation durable, j’ai identifié dans le rapport certains des problèmes clés liés à la gestion des eaux souterraines. Il est essentiel que les pays africains s’attaquent à ces problèmes alors que la pression augmente sur les ressources en eau du continent, en raison de la croissance démographique, du développement et de l’évolution des conditions météorologiques.

Questions clés

Propriété des eaux souterraines

Déterminer la propriété des eaux souterraines est important pour la gestion de cette ressource limitée. Sans une compréhension claire de la propriété, des conflits peuvent survenir.

Dans certains pays, les eaux souterraines appartiennent au propriétaire foncier, dans d’autres, au gouvernement. De manière générale, cette situation est mal gérée sur l’ensemble du continent. Dans de nombreux cas, les forages utilisés pour extraire les eaux souterraines ne sont même pas enregistrés.

L'Afrique du Sud a utilisé des lois et des politiques pour transférer la propriété des ressources au gouvernement. Mais cela a conduit à des problèmes liés aux formalités administratives et aux permis de licence, qui déterminent la manière dont l'eau est allouée.

Le succès des systèmes de permis dépend d’une compréhension approfondie des ressources, du respect par les propriétaires des droits d’utilisation accordés et de l’application de cette réglementation. Cela est particulièrement problématique dans les pays en développement, selon le rapport de la Banque mondiale.

Une solution possible est une gestion décentralisée, comme le montre le système Qanat au Moyen-Orient. Le système consiste en un réseau de canaux souterrains qui transportent l’eau des aquifères des hautes terres vers la surface à des niveaux inférieurs par gravité. Il est normalement géré par la communauté et financé collectivement. Ces infrastructures historiques ont été abandonnées ces derniers temps, mais pourraient résoudre bon nombre des problèmes de pénurie d’eau dans les zones semi-arides à arides d’Afrique.

Recharger les aquifères

Les eaux souterraines des aquifères sont limitées, mais elles peuvent être réalimentées avec des eaux de surface ou des eaux usées traitées. Le processus aide aussi parfois à éliminer les produits chimiques nocifs, car le matériau de l’aquifère peut agir comme un très grand filtre.

Le rapport de la Banque mondiale met en avant la recharge gérée des aquifères comme une technique pouvant être utilisée pour recharger les aquifères. L'eau est soit injectée par un puits, soit s'infiltre dans le sol à travers des bassins d'infiltration, des dépressions artificielles ou naturelles dans le sol qui permettent à l'eau de s'infiltrer dans la terre.

Les pays d’Afrique australe pratiquent cela depuis 40 ans.

Les aquifères peuvent également se recharger naturellement lorsque l’eau de pluie s’infiltre profondément dans le sol. Cela peut être encouragé par le reboisement, les terrasses agricoles et la prévention du défrichement. Ces pratiques permettent aux surfaces perméables de dominer le paysage, de stabiliser le sol grâce à la croissance des plantes et de ralentir l'écoulement de l'eau.

Surveillance des aquifères

La surveillance des aquifères est essentielle pour connaître la quantité d’eau qui y reste. Malheureusement, de nombreux pays africains disposent de réseaux et d’infrastructures de surveillance médiocres. Le nombre de points de surveillance dans certains pays diminue également, en raison de contraintes financières.

Les données satellitaires peuvent être utilisées pour la surveillance. Un exemple est celui des satellites jumeaux GRACE (Gravity, Recovery and Climate Experiment), qui ont fourni des informations sur le stockage souterrain des eaux au cours des 20 dernières années. Cela signifie que les changements dans les volumes des aquifères peuvent être surveillés, mais seulement à très grande échelle. Il faut savoir ce qui se passe sur le terrain. Des réseaux de surveillance localisés sont nécessaires, avec des enregistreurs de données sur plusieurs puits.

Des politiques efficaces

Les politiques et incitations jouent un rôle majeur dans l’utilisation des eaux souterraines. Ils influencent le coût de l’énergie et des prélèvements ainsi que la comptabilisation globale des ressources en eaux souterraines et de l’impact environnemental.

Dans le contexte africain, les bonnes politiques font parfois défaut. Il existe cependant certaines pratiques communautaires qui contribuent à protéger la ressource, comme le système Qanat. Ces types de systèmes devraient être encouragés et reproduits.

Écosystèmes dépendants des eaux souterraines

Les écosystèmes dépendant des eaux souterraines, tels que les zones humides, jouent un rôle essentiel pour de nombreux moyens de subsistance en Afrique et doivent être gérés plus efficacement. Ces écosystèmes utilisent les eaux souterraines pour soutenir la vie végétale et animale et les services écosystémiques, tels que l’eau douce et l’air pur, tout au long de l’année.

Mais ils sont exposés à des risques majeurs car ils sont souvent proches de zones semi-arides et arides. Cela est particulièrement vrai dans la région du Sahel. Les écosystèmes qui dépendent des eaux souterraines se trouvent souvent à proximité des postes frontières et des voies de transport. Les activités humaines, telles que le pompage excessif, pourraient nuire à leur fonctionnement et entraîner une perte de biodiversité.

La conservation de ces masses d’eau est de la plus haute importance pour la préservation des ressources en eau et des moyens de subsistance. Les politiques qui les protègent – ​​comme la convention de Ramsar – doivent être correctement appliquées. Les gouvernements devraient également envisager de créer des zones protégées autour de certains de ces écosystèmes.

Gestion des ressources

Il est impératif que les gouvernements surveillent mieux nos ressources en eau. Associé à de bonnes solutions pratiques, telles que la gestion des débits de pompage, cela permettra de préserver les ressources en eaux souterraines pendant de nombreuses années.

Le réseau de surveillance sur notre continent est malheureusement limité, voire inexistant dans certains pays. Dans certains pays, comme l’Afrique du Sud, le réseau diminue lentement. C’est regrettable car la capacité de mesurer permet une meilleure gestion des ressources en eaux souterraines.

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