«Bouge pas de là, je vais faire le plein», lance Noé* en se retournant brusquement, en plein milieu de la conversation. Chemise à carreaux, plusieurs plaies visibles sur les mains, le jeune homme marche d'un pas pressé en direction des grilles du parc, en tenant d'une main son pantalon glissant.
Quelques mètres plus loin, il s'arrête, puis joue des coudes pour se frayer un chemin parmi la dizaine de personnes amassées devant l'une des entrées du jardin. Deux hommes s'insultent violemment juste à côté de lui. Une femme qui passe en vélo, bière à la main, vient se mêler à son tour à la querelle. La tension est palpable. Ce 28 juin, comme tous les lundis, le jardin d'Éole est fermé la matinée, les consommateurs de drogue sont épuisés. Beaucoup n'ont qu'une hâte: que le jardin ouvre ses portes pour s'y reposer quelques instants, avant d'arpenter de nouveau ses allées verdoyantes, à la recherche d'un peu de crack.
Une poignée de minutes après, Noé revient avec le même entrain. Il tend son bras avec un sourire joueur, puis déploie ses doigts. «C'est bon, j'ai fait un petit tour à la boulangerie», dit-il, montrant au creux de sa paume une petite galette, un morceau de crack, prêt à être fumé.
Une galette de crack, un mélange de cocaïne, de bicarbonate de soude et/ou d'ammoniaque. | Robin Tutenges
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Depuis le 17 mai, ils sont plus de 200 comme Noé à investir pendant la journée, et exceptionnellement jusqu'à 1h du matin, une partie de ce parc du XVIIIe arrondissement de Paris, après avoir été forcés de quitter le quartier de Stalingrad, haut lieu du crack en Europe. Placés là de façon provisoire par les autorités, qui agissent à tâtons, sans réel plan de ba...
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