En 2021, les femmes ne font toujours pas le marché de l'art

Elodie Palasse-Leroux - Slate FR - 01/07
Il est essentiel de raconter leurs siècles de lutte pour accéder à la profession puis se débarrasser de leur cape d'invisibilité. Et de rappeler les chiffres effarants de leurs (sous-)représentation et valorisation sur le marché de l'art.

Les musées ont enfin rouvert leurs portes et il est temps de s'y ruer. De nombreuses expositions[1] sont consacrées aux «femmes artistes». Une fois passée la réaction d'incrédulité et d'agacement à la lecture de ce terme (faut-il encore genrer le métier d'artiste?), penchons-nous sur les raisons de cet étiquetage controversé.

Au-delà de leurs vertus récréatives et pédagogiques, les expositions participent aux évolutions du marché de l'art: plus un·e artiste sera exposé·e, plus sa cote enflera. Les résultats d'une étude, dévoilés en février, tendent à prouver qu'il faudra encore beaucoup exposer les artistes femmes: en dépit des évolutions positives observées sur le marché de l'art ces dernières années, elles sont encore sous-représentées dans les musées et dans les ventes aux enchères ou en galerie.

Trois chercheurs américain, australienne et néerlandaise ont passé au peigne fin les collections d'art des plus grands musées du monde, ainsi que 2,6 millions d'œuvres vendues sous le marteau de 1.800 maisons de ventes aux enchères entre 2000 et 2017. C'est exhaustif et édifiant: les artistes féminines représentent entre 3 et 5% des grandes collections en Europe comme aux États-Unis. Dans le cadre des ventes atteignant un montant supérieur au million de dollars, les hommes vendent 18% plus d'œuvres. Dans les galeries et enchères, les ventes d'œuvres exécutées par des femmes atteignent environ 5% en moyenne, soit 9,3% d'artistes contemporaines et 2,9% dans la catégorie des «maîtres anciens». Seule consolation, ces dernières se vendent 4,4% plus cher que leurs comparses masculins.

L'Australienne Marina Gertsberg, professeure à la Monash Business School, y voit un symptôme de «la prise de conscience des acheteurs de la supériorité qualitative des œuvres de femmes artistes sur celles des hommes». La production contemporaine reste en revanche portée par les hommes.

Maman ou Mother, l'une des araignées monumentales (et enceinte, celle-ci) de Louise Bourgeois, au Musée Guggenheim de Bilbao. | Didier Descouens via Wikimedia Commons

Miroir aux alouettes

Certes, les femmes vendent deux fois plus qu'il y a dix ans. Cependant, rappelle le magazine Artnet, ces ventes ne représente...
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