Le jour où... Hélène Carrère d'Encausse entrait à l'Académie française et devenait "immortelle"

LCI - 06/08
[VIDÉO] - Hélène Carrère d'Encausse est décédée, samedi 5 août, à l'âge de 94 ans. L'historienne spécialiste de la Russie avait notamment été élue à l'Académie française en 1990. En 1999, elle était devenue la première femme élue secrétaire perpétuelle de l'Académie.

Hélène Carrère d'Encausse est décédée, samedi 5 août, à l'âge de 94 ans.
L'historienne spécialiste de la Russie avait notamment été élue à l'Académie française en 1990.
En 1999, elle était devenue la première femme élue secrétaire perpétuelle de l'Académie.

Historienne et spécialiste de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, est décédée samedi 5 août à Paris à l'âge de 94 ans. Élue à l'Académie française le 13 décembre 1990, elle y a été reçue le 28 novembre 1991, quelques jours après la remise de son épée d'académicienne.

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Lorsqu'elle est élue à la place laissée vide par le décès de Jean Mistler, Hélène Carrère d'Encausse est la troisième femme admise à l'Académie en plus de 350 ans d'histoire, après Marguerite Yourcenar et Jacqueline de Romilly. Professeure d'histoire et spécialiste de la Russie, cette fille d'une Italienne et d'un philosophe géorgien émigré en France a publié en 1978 un premier ouvrage remarqué avec L'Empire éclaté, dans lequel elle prédit, avant beaucoup d'autres, l'éclatement de l'URSS.

Première femme à porter une épée à l'Académie

Lorsqu'elle entre à l'Académie française, elle est, à sa demande, la première femme à porter une épée d'académicien. Dans son discours de remerciement lors de sa remise d'épée, le 21 novembre 1991, elle explique ce choix qui a surpris nombre de ses confrères : "Lorsque j'ai dit que je souhaitais une épée, j'ai senti (...) un moment d'effarement. Une épée ! Pour quoi faire ? Ce n'est pas tellement féminin..." Elle a tenu à rassurer les auditeurs en se disant "ni vindicative ni dangereuse", invoquant Jeanne d'Arc : "Elle a été l'un des personnages héroïques dont s'est nourrie mon enfance, car tout enfant a besoin de héros. Et elle est restée un personnage emblématique de toute ma vie".

Elle a choisi pour son épée le nom de Joyeuse, "le nom de l'épée de Charlemagne, puis de l'épée du Sacre". Créée par le sculpteur et orfèvre géorgien Goudji, son épée représente une croix de Saint André et sur son pommeau figurent de nombreux symboles, comme Saint Georges terrassant le dragon, la Toison d'or, la muse Clio, un coq gaulois, un globe terrestre et un scarabée.

Reçue à l'Académie française, elle raconte son rêve d'enfant

Quelques jours après sa remise d'épée, Hélène Carrère d'Encausse est reçue le 28 novembre 1991 à l'Académie française. Elle commence son discours en racontant le sentiment que lui inspirait la rentrée scolaire dans son enfance, qu'elle "guettait chaque année avec anxiété". Son inquiétude n'était pas liée à des difficultés d'apprentissage, mais à son nom de famille. Née apatride avant d'acquérir la nationalité française en 1950, celle qui est née Hélène Zourabichvili apprend le français et le russe dès l'enfance. 

"Le jour de la rentrée, les institutrices commençaient l'année par le rituel, initiatique presque, de l'appel. Au moment de répondre à l’appel de son nom, l’enfant eût aimé, comme Alice, disparaître dans quelque terrier. Car toutes les têtes, soudain tournées vers elle, exprimaient alors l’ébahissement, voire la réprobation, lui signifiant ainsi que le nom entendu, un nom imprononçable, venu du fond du Caucase, l’excluait de la communauté des descendants des fiers Gaulois à têtes rondes", se souvient-elle dans son discours.

C'est par son rêve d'enfant d'avoir un nom de famille à consonance française qu'elle explique son souhait de "pouvoir revendiquer, de plein droit, l'appartenance à la communauté scolaire qui était, en dernier ressort, la communauté française". C'est ce désir aussi qui l'a poussée à se plonger dans la littérature et l'histoire. "En m'accueillant, Messieurs, dans votre Compagnie, (...) vous avez répondu au rêve de l'enfant que je fus", les remercie-t-elle ce jour-là.

Julie BRINGER

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