Le 1er août 2003, Marie Trintignant meurt à l'âge de 41 ans, six jours après avoir été frappée par son compagnon Bertrand Cantat, en marge d'un tournage en Lituanie. Si le chanteur de Noir Désir plaide alors pour un "accident", une "folie" amoureuse, une version qui est largement reprise dans les médias, la justice reconnaît, elle, un "homicide", condamnant le chanteur à huit ans de prison. Retour sur ce féminicide qui n'était alors pas qualifié comme tel.
En juillet 2003, Marie Trintignant est à Vilnius, en Lituanie, pour le tournage du téléfilm Colette, une femme libre, réalisé par sa mère, Nadine Trintignant. Son compagnon, Bertrand Cantat, l'accompagne alors. Le 26 juillet, vers 23 h 30, le couple rentre à leur hôtel où une dispute éclate. Les insultes fusent et le chanteur va commencer à porter à sa compagne une série de coups. Vers 5 h 30, le 27 juillet, il appelle le frère de l'actrice, Vincent Trintignant, raconte lui avoir donné "une gifle, qu'elle allait peut-être avoir un œil au beurre noir".
Le frère se rend auprès de sa sœur qui a été couchée dans un lit, une serviette sur la tête. Il découvre le visage de l'actrice. "C'était loin d'être un simple coquard", déclarera-t-il lors du procès de Bertrand Cantat. Vincent Trintignant fait prévenir les secours, à 7 h 16. L'actrice est opérée dans la foulée pour juguler une hémorragie cérébrale. Le 29 juillet, elle subit une seconde opération puis est rapatriée à Paris le 31 juillet. "Cela fait à peu près deux jours que son cerveau est mort cliniquement", déclare le neurochirurgien Stéphane Delajoux. À Neuilly-sur-Seine, le 1ᵉʳ août, l'actrice décède, à 10 h 20, d'un œdème cérébral.
Parallèlement, l'enquête policière débute. Dès le 28 juillet, la police lituanienne a placé Bertrand Cantat en garde à vue. Le 29, en France, les Trintignant portent plainte. Le parquet ouvre une information judiciaire pour "coups volontaires" et "non assistance à personne en danger". Une reconstitution des faits a lieu avec Bertrand Cantat. L'avocat des Trintignant, Me Georges Kiejman, exclut l'hypothèse d'une chute, le visage de Marie Trintignant étant "trop tuméfié".
Le 31 juillet, le chanteur est interrogé. "C'est un accident après une lutte, une folie, mais ce n'est pas un crime", assure-t-il alors. Son avocat évoque un "accident des deux côtés, une tragédie, un conflit humain entre deux personnes, deux artistes à fort tempérament". Il réclame sa libération, mais Bertrand Cantat est finalement écroué. Suite à la mort de l'actrice, la justice lituanienne exclut le 7 août l'extradition du prisonnier avant un procès à Vilnius pour "homicide volontaire".
Le 13 août, l'autopsie conclut que l'actrice a reçu 19 coups, la majorité contre sa tête et son visage. Une seconde expertise confirme les coups mortels. Le 21 août, le chanteur est aussi mis en examen par un juge français à Vilnius pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et "non assistance à personne en danger". "Pris de furie, j'ai donné de fortes baffes à Marie", admet-il. Il est condamné en mars 2004 à huit ans de prison. Il obtient une liberté conditionnelle au bout de quatre ans et demi de détention.
Cette affaire, survenue au creux de l'été, connaît un retentissement médiatique énorme. Et si les versions des deux camps s'affrontent, le récit du chanteur, autour du crime passionnel, prend le pas dans les médias. "Pour Marie Trintignant, comme pour d'autres cas de femmes moins connues, le récit qu'on fait de leur mort est une manière de les tuer une seconde fois, tant le récit est à charge", analyse auprès de LCI l'historienne Christelle Taraud, autrice de l'ouvrage Féminicides : une histoire mondiale.
"Ce fut tout à fait le cas de l'affaire dont on parle. Il y a eu des articles délétères, précisant que Marie Trintignant était folle, qu'elle é...
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