Le Club soudanais de Beyrouth, un havre à toute épreuve

LOrientLeJour - 28/07
Dans le quartier de Hamra, ce club vieux de plusieurs décennies témoigne de la guerre civile, de Malcolm X, de l’âge d’or libanais et de cuisiniers soudanais en mal d’inspiration et en quête d’un...

Idris Ali a quitté Khartoum en avion avec une petite valise, un bout de papier avec l’adresse de son oncle à Beyrouth et « les vêtements qu’il portait sur le dos ». Plusieurs heures et une escale à Djeddah plus tard, il foule le sol libanais pour la première fois. C’était en 1967, il avait 13 ans. « Je n’avais pas peur ! » insiste-t-il. Aîné d’une famille de quatre enfants, il avait été envoyé par sa famille de Dongola, une ville située sur le Nil, dans le nord du Soudan, pour gagner assez d’argent pour en renvoyer chez lui.

Dans les années 1950 et 1960, de nombreux hommes soudanais se sont rendus en masse au Liban pour travailler dans les maisons de riches politiciens et hommes d’affaires libanais. Nombre d’entre eux travaillaient en tant qu’employés de maison dans les quartiers huppés du Caire et d’Alexandrie, pour suivre ensuite leurs employeurs au Liban. « J’allais rester cinq ans pour travailler, puis rentrer au Soudan », raconte Idriss Ali, qui se souvient qu’à l’époque les visas de travail s’obtenaient sans difficulté.

Une photo d’Idris Ali à l’âge de 13 ans, prise peu après son arrivée à Beyrouth en 1967. Il conserve toujours la photo exposée dans son appartement à Hamra. 11 juin 2023. Photo João Sousa

Cinquante-six ans plus tard, Idris Ali est toujours là. L’homme possède une petite chambre à Hamra (Beyrouth) et travaille comme chauffeur et homme de ménage pour la même famille qui l’avait embauché dans les années 1960.

Idris Ali, qui est venu travailler pour la première fois au Liban à l’âge de 13 ans en 1967, pose en face de la maison de Hamra où il a séjourné pour la première fois après son arrivée. 11 juin 2023. Photo João Sousa

Entre Beyrouth et le Soudan, il fait plusieurs allers-retours pour se marier, ainsi que pour rendre visite à ses enfants. Plus tard, dans les années 1980, le jeune homme transporte dans ses bagages de l’aide humanitaire destinée aux victimes soudanaises d’inondations. Mais après des décennies à voir le Liban dans tous ses états – de la guerre à la crise économique en passant par l’opulence affichée –, Idris Ali considère désormais ce pays comme sa nouvelle maison.

Une maison rendue plus agréable par le Club soudanais, une modeste salle de réunion située au rez-de-chaussée d’une résidence de Hamra. La végétation masque l’enseigne éclairée sur la façade, à côté d’un balcon étroit occupé par quelques chaises en plastique et des tasses de café. Aujourd’hui encore actif...
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