Incendies en Méditerranée : un lien "avéré et établi" avec le réchauffement climatique, rappelle Jean Jouzel

LCI - 26/07
[VIDÉO] - Invité de LCI ce matin, le climatologue Jean Jouzel rappelle le lien entre "l'augmentation des surfaces incendiées et le réchauffement climatique". Plusieurs pays méditerranéens sont concernés depuis plusieurs jours par d'intenses feux de forêts.

Invité de LCI ce matin, le climatologue Jean Jouzel rappelle le lien entre "l'augmentation des surfaces incendiées et le réchauffement climatique".
Plusieurs pays méditerranéens sont concernés depuis plusieurs jours par d'intenses feux de forêts.

Les incendies des derniers jours sont-ils dus au réchauffement climatique ? Invité ce matin de LCI, Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, rappelle qu'"il y a un lien avéré et établi" entre l'accélération du bouleversement du climat ces dernières décennies et l'augmentation des surfaces incendiées dans le même temps.  

La "canicule et la sécheresse" responsables de l'ampleur nouvelle des incendies

Pourtant, comme le note le climatologue, en examinant les données scientifiques sur le nombre d'incendies, on constate bien une baisse des départs de feu par rapport aux années 80. Par exemple, dans une quinzaine de départements du pourtour méditerranéen analysés grâce à la base de données Prométhée, ce chiffre a été divisé par deux en quarante ans. Dans la zone, on recensait environ 2945 incendies en moyenne par an sur la période 1980-1989 contre 1450 par an depuis 2020. Les aménagements du territoire pour lutter contre les incendies, les moyens dépensés en matière de prévention du public ou le déploiement de Canadairs, efficaces pour circonscrire les feux, ont fortement contribué à cette baisse.

Pour autant, s'il y a techniquement moins de départs de feu, les surfaces brûlées "ont de nouveau augmenté ces dernières années", note Jean Jouzel. Comment l'expliquer ? "Les conditions caniculaires et la sécheresse" provoquées chaque été par le réchauffement climatique sont en cause, rendant la propagation des flammes plus faciles. Des régions comme la Bretagne ou le centre de la France, autrefois rarement concernées par les feux de forêts, ont depuis connu d'impressionnants incendies. Si la température venait à augmenter de quatre degrés supplémentaires, "il y aurait 60 à 70 % de surfaces incendiées supplémentaires", rappelle Jean Jouzel.

Des conséquences encore pires dans les régions boréales

En France, l'origine des feux étant le plus souvent d'origine humaine, le changement climatique influe donc surtout sur l'ampleur de la propagation des feux, avec des "températures très chaudes qui sont très favorables" à ce phénomène. La situation européenne est en fait bien différente de celle connue dans d'autres régions du monde, également très touchées par les incendies massifs, pourtant plus au nord, comme le Canada ou la Sibérie. 

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Dans ces régions boréales, "ce sont des forêts très fragiles, l'origine des feux est bien souvent naturelle, détaille le scientifique. On peut avoir des réchauffements de l'ordre de trois degrés dans ces régions" plus exposées au changement climatique, ce qui conduit à des sécheresses, et donc, à de nombreux incendies. Jean Jouzel indique, enfin, que les immenses nuages de fumées dégagés par ces mégafeux amplifient par ailleurs le réchauffement global à l'échelle de la planète. En cause ? Les importantes émissions de gaz carbonique rejetées dans l'atmosphère.

Theodore AZOUZE

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