Enfants rapatriés de Syrie : un suivi psychologique à maintenir "dans la durée"

LCI - 26/07
[VIDÉO] - Nés de parents partis rejoindre les territoires de l’État islamique il y a plusieurs années, les enfants français rapatriés de Syrie ont subi de multiples traumatismes. Psychiatres et psychologues les aident à se reconstruire : un engagement payant, mais qui doit se maintenir dans la durée. Troisième volet de notre enquête sur les enfants rapatriés de Syrie.

Nés de parents partis rejoindre les territoires de l’État islamique il y a plusieurs années, les enfants français rapatriés de Syrie ont subi de multiples traumatismes.
Psychiatres et psychologues les aident à se reconstruire : un engagement payant, mais qui doit se maintenir dans la durée.
Troisième volet de notre enquête sur les enfants rapatriés de Syrie.

Rembobiner les parcours, identifier les traumatismes, sonder les silences... Il faut plusieurs mois aux psychologues et psychiatres qui accompagnent les enfants rapatriés de Syrie pour appréhender les "tableaux complexes" liés à l’itinéraire de ces mineurs, revenus tout droit de l’enfer de la guerre et des camps de prisonniers. Dès leur arrivée en France, leur état est évalué et un parcours de soins est choisi, adapté à leurs "nombreux symptômes post-traumatiques", décrit auprès de TF1info le professeur Thierry Baubet, chef du service de psychiatrie de l’enfant, de l’adolescent et de psychiatrie générale de l’hôpital Avicenne (AP-HP) de Bobigny, et codirecteur scientifique du Centre national de ressources et de résilience face aux psychotraumatismes (Cn2r).

Son service a été le premier référent à développer une "compétence" dans la prise en charge des psychotraumas de ces mineurs, avant d’être secondé par deux autres hôpitaux, en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Un savoir-faire ensuite "diffusé à l’ensemble des agences régionales de santé", lorsque les enfants sont transférés dans le département d’origine de leur famille, explique la secrétaire d’État à l’Enfance Charlotte Caubel.

Ces mineurs, nés pour nombre d'entre eux en zone irako-syrienne, ont fait face à "beaucoup d’adversité", témoins de la violence de l’État islamique et de la vie dans les camps, signale le Pr Thierry Baubet. "La vie y est épouvantable : pas d’éducation, pas de jeux, ils sont exposés à des violences physiques et parfois sexuelles", décrit-il. Un parcours qui laisse de lourds stigmates : troubles de l’attachement, troubles anxieux et post-traumatiques, dépressions...

"Intrusions psychiques"

À leur arrivée, "l’état psychique est constamment altéré", mais dans diverses proportions, relève également un rapport de l’Institut des hautes études du ministère de l'Intérieur (IHEMI) et du CNRS, consulté en exclusivité par TF1info. Ce document, remis au gouvernement en septembre dernier, mais pas encore publié, a étudié le parcours de 82 mineurs rapatriés entre 2018 et 2019 et suivis par les tribunaux de Bobigny et de Versailles. 

L’étude liste notamment de "nombreux" évènements "potentiellement traumatiques" pour les enfants, au rang desquels : "bombardements, corps mutilés des parents ou d’autres personnes, décapitations, violences extrêmes, (...) violences sexuelles". Elle cite le cas de deux enfants sujets à un "sentiment de détresse", provoqué par une "hyperesthésie au bruit", autrement dit une sensibilité exacerbée, mais aussi des "intrusions psychiques" et des "souvenirs répétitifs et involontaires". L’une des situations les plus éprouvantes rencontrées par les chercheurs est celle d’une autre mineure, une fillette "très affectée", aux "nuits agitées" par des cauchemars, après avoir vu sur place "des dizaines de cadavres". Secouée par des "crises de colère", "de terreur" et des "flashbacks", la petite fille "mime l’égorgement de sa poupée qu’elle menace parfois", a développé une angoisse "des avions et du moindre bruit" et peine à s'endormir. 

Les meurtrissures ne sont pas visibles dès le départ

Jacques Dayan, pédopsychiatre et chercheur sur le psychotraumatisme

Sans oublier aussi le bouleversement engendré par le retour en France pour les enfants, pris en charge par les services de protection de l’enfance. Les équipes tentent alors de nouer une relation de confiance avec les jeunes patients. "Parfois, les meurtrissures ne sont pas visibles dès le départ, les enfants n'osent pas les révéler", relève le co-auteur de l’étude Jacques Dayan, pédopsychiatre au CHU de Rennes et chercheur sur le psychotraumatisme à l’Inserm, qui a travaillé aux côtés de Sylvie Ollitrault, spécialiste en science politique au CNRS. Pour cause, l’âge moyen des 326 enfants aujourd’hui rapatriés sur le territoire est "très nettement inférieur à 10 ans", selon le secrétariat d’État à l’Enfance. Au service de l’hôpital d’Avicenne, ils sont âgés de quelques mois jusqu’à 17 ans, avec une moyenne d'âge située entre 5 et 6 ans.

Par ailleurs, les mineurs qui sont rentrés aux côtés de leur mère sont presque toujours séparés d'elle, celles-ci étant présentées à la justice. Aux éventuelles lacunes de mémoire s'ajoute, ainsi, la peur "de dire des choses qui pourraient se retourner contre leur mère", poursuit le chercheur. Des "conflits de loyauté" qui peuvent tarauder les mineurs, relève son rapport. Pour le psychiatre Serge Hefez, cité par l’étude, cette séparation marque même "le plus gros traumatisme" pour les enfants. 

Les mères, de leur côté, "nient souvent la mise en danger extrême de leurs enfants", précise Jacques Dayan. Pour réinstaurer le lien entre elles et les enfants, "les choses se font progressivement, en détermina...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...