Trop de visiteurs au même endroit, au même moment. Pour nombre de villes et de sites touristiques, le "surtourisme" s'apparente au nouveau nuisible des vacances. Outre les questions qu'il soulève quant au confort et à la sécurité des habitants et vacanciers, le phénomène fait du tort à l'environnement et au patrimoine, et finit même par nuire au tourisme lui-même.
C'est dans ce contexte que le gouvernement français a dévoilé, fin juin, un plan pour réguler les flux qui submergent les destinations les plus prisées à certains moments de l'année. L' annonce, qui avait fait ressurgir les images du Mont-Saint-Michel écrasé sous une marée humaine durant le week-end de l’Ascension, devrait aboutir à la rédaction d'un guide de bonnes pratiques d'ici la fin 2023. Mais d'ores et déjà, des initiatives locales émergent, certaines autorités n'hésitant pas à prendre des décisions radicales pour faire face aux nuisances et aux dégradations observées. Répartition des flux, sensibilisation des visiteurs, accès limité à certains sites… En voici un aperçu.
Pour la première fois cette année, du 14 juillet au 25 août, l'accès à Bréhat, dans les Côtes-d’Armor, est limité à 4700 passagers sur les bateaux de 8h30 à 14h30, du lundi au vendredi. À titre de repère, l'île de 3km2 située à 10 minutes de la côte, près de Paimpol, où vivent à l'année "422 habitants", compte "75% de résidences secondaires" et avait reçu en 2022 "450.000" visiteurs, selon une étude réalisée pour la commune par la société Littomatique. Certains weekends de printemps et en juillet-août, le pic dépasse les 5000 par jour "pour atteindre parfois près de 6000 personnes".
"60% de ces visiteurs se rendent jusqu'au phare du Paon (au nord de l'île, à l'opposé du port d'arrivée, NDLR)(...). Ces pics ont une incidence avérée sur la protection du site et sa mise en valeur", précise l'arrêté venu instaurer ces quotas, disponible sur le site Internet de la commune, évoquant notamment une "forte érosion" du chemin menant à ce phare. L'arrêté souligne également que "la commune est dans l'incapacité de traiter un volume de déchets multiplié par 10 pendant la saison estivale du fait de l'hyper-fréquentation par rapport à un mois d'hiver". Une étude de l’Association des Îles du Ponant (AIP), citée par l'arrêté, fait état d’une "diminution de la satisfaction des visiteurs de l’île (qui) décroît rapidement en cas de forte affluence sur le site".
La mairie de Bonifacio a elle aussi déjà commencé à se pencher sur des alternatives pour lutter contre la surfréquentation sur la pointe corse. L'office du tourisme va ainsi modifier son site Internet et ses brochures à la rentrée prochaine, pour tenter d'inciter au tourisme en demi-saison. "Venez en juin ou en octobre", voudrait faire passer comme message le maire Jean-Charles Orsucci, qui souligne ne vouloir brusquer personne.
"J'ai bien senti que ce qui gênait, c'est que dans cette petite musique, ça voulait peut être dire que le touriste n'était pas bienvenu en Corse et je pense qu'il ne faut pas véhiculer cela", précise-t-il auprès de nos confrères de Franceinfo. L'archipel Lavezzi, qui dépend de la commune Bonifacio, verra comme Bréhat l'instauration de quotas à partir de 2024. Objectif : diminuer le nombre de visiteurs qui a atteint 300.000 par an.
Dans les Landes, alors que la côte sature rapidement en période estivale, les autorités locales misent sur la diversité du territoire et une promotion active, notamment sur les réseaux sociaux, d'un tourisme plus vert, plus reculé.
Une stratégie qui commence à porter ses fruits. "On a à peu près 6 millions de nuitées qui se font hors littoral, sur 25 millions, ce qui n'est déjà pas mal", soulignait fin juin à une équipe de TF1 sur place Hervé Bouyrie, président de Landes attractivité et maire (PS) de Messanges. Et de poursuivre : "On travaille à l'attractivité des Landes intérieures, notamment des sites naturels."
Depuis quelques années déjà, la mairie d'Étretat a quant à elle opté pour le "dé-marketing". En d'autres termes, pour contrer l'érosion des sols notamment, l'office du tourisme de la ville ne communique pratiquement plus autour des falaises, qui ont été fortement exposées au grand public par le tou...
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