Le procès de Marie-Antoinette, reine haïe, n'était pas seulement celui de la monarchie

Juliette Prouteau - Slate FR - 20/07
Le dossier de l'accusateur public contre la dernière souveraine de France était vide. Mais cela n'a pas empêché l'Autrichienne de rencontrer la guillotine le 16 octobre 1793.

Accusée de trahison et de conspiration contre l'État quelques mois après l'exécution de son mari, l'ancien roi Louis XVI, Marie-Antoinette est jugée en octobre 1793 par un tribunal révolutionnaire aussi partial qu'expéditif. À travers l'Autrichienne, comme on la surnomme, on va juger l'ancienne reine mais aussi la mère et la femme. Marie-Antoinette n'était certainement pas une innocente. Mais après son mari, il fallait surtout un autre symbole à exécuter. Et pour cela, c'est à la femme qu'on a coupé la tête le 16 octobre 1793.

Une exécution politique donc, qui illustre à la fois la nature arbitraire de la justice révolutionnaire et la misogynie autoritaire et institutionnelle d'une jeune République qui se cherche. Dans son procès, qui incarne le basculement dans la violence et la terreur, vont s'affronter la monarchie et la Révolution, la société d'ordre et l'égalité, mais aussi les hommes et une femme. Il fera de la dernière reine de France un mythe, une martyre ou un symbole maudit.

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Il est 8h30 du matin quand Marie-Antoinette fait son entrée dans le tribunal révolutionnaire le 14 octobre 1793. La pièce où se déroule le procès porte un nom: «la salle de la Liberté». Un bien grand mot, surtout pour une salle plutôt petite si on la compare aux standards actuels. Le décorum est assez sobre, sombre. Tout est en bois foncé, le sol, les murs, la petite balustrade qui sépare la pièce en deux, d'un côté les juges, de l'autre le reste de la salle. Les portes, aussi. Mais on remarque un petit reflet lumineux au-dessus de l'une d'entre elles, des lettres nouvellement gravées sur le bois, en doré: «Unité, indivisibilité de la République».

L'ancienne reine de France vient de passer environ trois mois dans une cellule de la Conciergerie. Elle n'est pas très grande, mais très maigre. Elle a 37 ans et souffre d'un cancer de l'utérus ou d'un fibrome, selon les historiens. Elle semble à bout de force. Et en même temps, elle reste droite, il y a quelque chose de rigide, d'inflexible chez elle. On peut y voir de l'orgueil ou du mépris, c'est selon.

Notamment accusée de trahison et de complot contre la sûreté de l'État, ...
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