Robert Oppenheimer, parfait personnage tragique

Peggy Sastre - LePoint - 17/07
Bien avant ses inimitiés, c’est le caractère du physicien auquel Christopher Nolan consacre son nouveau film qui le destinait à finir en martyr de la « peur du rouge ».

Il arrive que la grande histoire se joue dans de très petites pièces. En choisissant d'ouvrir son monumental Oppenheimer par un bref plan serré sur son personnage éponyme coincé entre quatre murs, Christopher Nolan fait au moins deux annonces à son spectateur : d'abord, qu'il ne le prendra pas par la main pour entrer en douceur dans son film ; ensuite, qu'il a parfaitement saisi l'essence de son protagoniste – soit, au sens strict du terme, l'acteur endossant le premier rôle d'une tragédie.

Historiquement parlant, cette première et furtive scène se déroule à Washington en avril 1954, dans la salle 2022 du bâtiment T3, sorte de préfabriqué de deux étages érigée à Washington durant la Seconde Guerre mondiale. La vilaine structure, d'ailleurs au départ conçue pour être rapidement rasée, abritait la direction de la recherche de l'AEC, la Commission de l'énergie atomique des...
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