Que reste-t-il des mythiques marais de Mésopotamie ?

GEO - 16/07
Cette zone humide baignée par le Tigre et l’Euphrate abritait, dit-on, les jardins d’Eden. Elle a survécu aux guerres et à la furie de Saddam Hussein. Mais ses...

Quand il arrive au pied du pont métallique qui relie les berges de l’Euphrate, Jassim al-Assadi s’écrie : «Un mètre dix ! Le niveau du fleuve a presque doublé avec les pluies du début d’année !» L’homme aux cheveux grisonnants est le directeur de l’antenne locale d’Iraq Nature, l’une des premières — et des rares — associations à alerter sur les dommages environnementaux et les changements climatiques qui affectent un pays tout entier absorbé par ses autres maux, menace terroriste et crise économique en tête.

À Chibayish, petite ville située au coeur des marais du sud de l’Irak dont il est lui-même natif, Jassim al-Assadi a installé en 2015 cette échelle limnimétrique qui mesure les variations du niveau de l’eau, et il a pu constater que le fleuve se tarit un peu plus d’année en année. En 2022, l’Euphrate a perdu plus d’un mètre. Un record. Les scientifiques prédisent qu’il sera entièrement à sec d’ici à 2040. Les pluies de l’hiver dernier offrent un répit, mais Jassim ne s’y méprend pas : «Cela ne change rien sur le long terme. Les précipitations sont trop rares et ne compensent pas l’évaporation de l’eau en été. La conséquence est que nos marais continuent de s’assécher.»

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Jusqu’au début des années 1990, le vaste delta de terres inondées et de roselières où se trouve Chibayish — et où la Bible place le jardin d’Éden — s’étendait sur quelque 20.000 kilomètres carrés. Comme en témoignent des bas-reliefs vieux de 5.000 ans, les fameux marais de Mésopotamie , refuge pour de multiples espèces d’oiseaux et de poissons, abritent aussi depuis l’époque sumérienne un mode de vie qui s’articule autour de l’eau. Sur trois zones, Al-Hammar, Hawzieh et le marais central, c’est un écosystème alimenté en eau douce par les pluies saisonnières et les eaux du Tigre et de l’Euphrate, qui a résisté à plusieurs guerres, à des années d’embargo et même à l’anéantissement promis par Saddam Hussein. En 1991, ce dernier le fit assécher via un système de canaux et de digues, afin d’y faire passer ses chars pour mater la rébellion chiite, mouvance de l’islam majoritaire dans la région.

Après la chute du dictateur en 2003, les marais remis en eau connurent une seconde vie : une partie de leurs habitants, ceux qu’on appelle ici les Maadan , les «Arabes des marais», sont revenus, la faune et la flore se sont peu à peu reconstituées. Mais le réchauffement climatique, les barrages construits par les pays voisins en amont des fleuves et la mauvaise gestion de l’eau par l’État irakien menacent à nouveau cette zone, reconnue patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 2016.

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La moitié de la surface des marais est totalement asséchée

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