Sommet de l'Otan à Vilnius : qui dirige vraiment l'Alliance atlantique ?

LCI - 11/07
[VIDÉO] - Un sommet de l'Otan se tient ce 11 et 12 juillet à Vilnius, en Lituanie. Plusieurs sujets, dont la candidature de l'Ukraine à l'Alliance, seront débattus par les États membres, les décisions émises par l'organisation devant être prises à l'unanimité. Mais officieusement, certains pays ont plus d'influence que d'autres.

Un sommet de l'Otan se tient ce 11 et 12 juillet à Vilnius, en Lituanie.
Plusieurs sujets, dont la candidature de l'Ukraine à l'Alliance, seront débattus par les États membres, les décisions émises par l'organisation devant être prises à l'unanimité.
Mais officieusement, certains pays ont plus d'influence que d'autres.

Le Conseil de l'Atlantique nord au grand complet est réuni ces mardi 11 et mercredi 12 juillet à Vilnius, en Lituanie. Tous les dirigeants des pays membres de l'Otan sont présents. Au centre des discussions notamment, la place à accorder à la candidature de l'Ukraine au sein de l'organisation militaire, alors que les Alliés sont loin de partager les mêmes positions. Des divisions internes qui ne se retrouveront pas dans la décision finale, émise à la fin du sommet. Car pour chacune d'entre elle, le consensus est de mise.

En théorie, chaque État a le même poids d'égalité

Estelle Hoorickx, docteure en Histoire contemporaine, spécialiste de l'Otan

Ce principe, mis en place dès la création de l'Otan, en 1949, permet d'exprimer à travers une "décision de l'Otan", la volonté collective de tous les pays membres de l'Alliance. Pour y parvenir, les positions de chaque pays sont entendues. Il n'y a donc pas de vote, mais des négociations s'engagent entre les États afin que tout le monde tombe d'accord. "Les organisations multilatérales, et l'Otan en particulier, permettent aux petits États d'avoir quelque chose à dire", explique auprès de TF1info Estelle Hoorickx, docteure en Histoire contemporaine, spécialiste de l'Otan et attachée de recherche au Centre d'études et de sécurité et défense de l'Institut royal supérieur de défense.

Un processus de négociations auquel participe pleinement le secrétaire général de l'Otan, qui préside également le Conseil de l'Atlantique Nord, plus haute instance de décision de l'organisme. Depuis 2014, il s'agit du Norvégien Jens Stoltenberg. Celui-ci est aussi le porte-parole principal de l'Alliance, et la représente auprès des instances internationales.

Le poids des contributions financières et militaires

"En théorie, chaque État a le même poids d'égalité", continue Estelle Hoorickx, "mais évidement, ce que chaque pays investit pour l'organisation par rapport à son PIB ou concrètement dans les opérations que mènent l'Otan, joue énormément sur le poids qu'on peut avoir dans l'organisation et dans les coulisses des discussions". En effet, en rejoignant l'Alliance, chaque pays s'engage à contribuer directement ou indirectement au financement de celle-ci. Les puissances militaires que sont les États-Unis - le pays qui contribue le plus à l'Otan en termes de financements directs ou indirects - la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, à l'origine de 50 % des dépenses de défense exposées par les Alliés hors États-Unis, ont par conséquent un poids certain dans les décisions émises par l'Otan. 

Le fait qu'un pays soit une puissance nucléaire a également une influence indirecte sur le poids qu'il aura dans les décisions de l'Otan. C'est d'autant plus le cas lors de ce sommet de Vilnius, rappelle la chercheuse Estelle Hoorickx, que celui-ci s'est ouvert en affichant la capacité de défense et de dissuasion de l'Otan. "La puissance nucléaire est vraiment très importante pour dissuader tout pays, même un qui possède lui-même la puissance nucléaire comme la Russie, d'attaquer l'Otan, qui pourrait réagir aussi fort", souligne-t-elle. Sur les 31 pays actuellement membres de l'Alliance, seuls trois sont dotés de l'arme nucléaire : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

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Néanmoins tout puissant qu'il est, un pays ne pourra jamais imposer seul sa volonté sur les autres membres de l'Otan si ceux-ci sont opposés à une décision. "Même les États-Unis avec leur puissance économique et militaire doivent construire ces coalitions", rappelle auprès de TF1info la chercheuse à l'IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire) et spécialiste de l'Otan, Amélie Zima. Pour chaque projet qu'il défend, un pays doit donc construire une coalition en ralliant d'autres États à ses idées. 

Ces alliances peuvent se créer au gré des décisions, mais certaines existent également pour peser sur le processus de décision. C'est le cas du groupe Bucharest 9 qui regroupe les États d'Europe centrale et orientale, ou le Quad avec les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui forme le groupe le plus puissant. Par ailleurs, précise Amélie Zima, "le consensus ne veut pas dire l'unanimité, mais l'absence d'opposition frontale".

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