Services fermés, accueil "régulé" : de nombreux hôpitaux doivent restreindre l'accès aux urgences faute de soignants cet été. Une situation dégradée devenue habituelle, assumée par les autorités qui enjoignent d'appeler le Samu en premier recours.
Depuis lundi dernier en Mayenne, il est "nécessaire de faire le 15 avant d'accéder aux urgences de 18h30 à 8h", selon l'agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire. Décision justifiée par les "tensions sur les ressources humaines" qui "obligent à adapter le fonctionnement" des trois services concernés, à Laval, Mayenne et Château-Gontier.
Filtrage aussi, de jour comme de nuit, dans la Manche où "seules les personnes préalablement orientées par le 15 sont accueillies aux urgences" depuis lundi dernier, pour "limiter la surcharge" en période de "forte fréquentation touristique", explique l'ARS Normandie. Les sept hôpitaux du département (Avranches, Cherbourg, Coutances, Granville, Saint-Hilaire, Saint-Lô, Valognes) sont à la même enseigne, "qu'ils soient en situation de tension ou non".
Encore convalescents, les petits hôpitaux ne peuvent échapper à la rechute estivale. À Redon (Ille-et-Vilaine) la fermeture nocturne des urgences - de 20h à 8h - a été prolongée jusqu'à début septembre. Celles de Meulan (Yvelines) resteront closes dès 17h30 jusqu'à fin août, tandis que celles de Vouziers (Ardennes) ont été définitivement rétrogradées au rang de "centre de soins non programmés".
L'intitulé est également utilisé à Vittel (Vosges), où le rideau tombera à 18h30 au moins jusqu'à la mi-juillet, comme à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) où sont aussi prévues à certaines dates une "régulation de jour" voire une fermeture pure et simple. Un cas loin d'être isolé : la semaine dernière, des fermetures ponctuelles de 12 à 24 heures ont été rapportées à Ambert (Puy-de-Dôme), Guebwiller (Haut-Rhin), Argentan (Orne), Lisieux (Calvados) et La Ferté-Bernard (Sarthe).
Le ministre de la Santé, François Braun, a toutefois estimé lundi que les difficultés rencontrées aux urgences cet été étaient "moindres" qu'en 2022 - 20% des services d'urgences étaient en grandes difficultés avant l'été 2022 - en dépit de certains "points chauds". Parmi ces "points chauds", il a cité la région Centre-Val de Loire, la Bretagne ou encore la Dordogne mais aussi les zones à forte affluence touristique.
"Le système de santé est en tension, ce n'est pas nouveau, et c'est toujours le cas plus fortement pendant la période estivale", a commenté François Braun. Selon les données livrées au Figaro, la régulation d'accès aux urgences a "permis globalement de baisser de 5%" leur fréquentation l'été dernier. Les appels au "15" ont augmenté de 10% mais François Braun assure n'avoir "aucune alerte sur une détérioration des délais de réponse".
Fin juin, François Braun affirmait déjà qu'il n'y avait "pas d'urgences fermées, sauf cas exceptionnel". Ses anciens collègues urgentistes ne sont pourtant pas du tout de cet avis. "Il y a des fermetures sèches", affirmait lundi dernier Agnès Ricard-Hibon, cheffe du Samu du Val-d'Oise. Jean-François Cibien, en poste à Agen et président de l'intersyndicale Action Praticien Hôpital (APH), a carrément dénoncé "un mensonge d'État".
Ce lundi dans Le Figaro, le président de Samu Urgences de France et chef des urgences du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA), Marc Noizet, déclare même n'avoir "jamais connu ça". "L'an dernier, les mesures flash ont un peu aidé, mais depuis, la situation s'est clairement dégradée et tous les ans, c'est pire que l'année précédente", affirme-t-il.
Sur lemême thème