Les feux n'ont jamais été aussi nombreux dans la forêt amazonienne depuis le record de 2007. En effet, 3075 foyers ont brûlé en Amazonie en juin 2023, du jamais vu depuis les 3519 incendies enregistrés en juin 2007, d’après les chiffres de l’Institut national de recherches spatiales (Inpe). Un bilan qui interpelle, alors que Lula est revenu au pouvoir depuis six mois et a promis de restaurer la forêt d’ici à dix ans. Surtout, il contraste avec un autre : celui de la déforestation de l’Amazonie, qui a chuté de 33% au cours du premier semestre de l'année 2023, toujours selon l’Inpe. Mais ces bilans ne sont pas forcément paradoxaux.
Tout d'abord, la période considérée serait trop courte pour tirer des conclusions. Des chiffres donnés sur trois mois sont bien plus "signifiants" que ces seules statistiques mensuelles, souligne Eric Moranval, chargé de campagne Forêts pour Greenpeace France. "Il faut regarder sur un semestre, voire sur un an, pour voir une tendance se dégager", assure même ce dernier. Sur cette période plus longue, c'est au contraire une tendance à la baisse qui l'emporte. Le résultat des premières actions concrètes mises en place par Lula ? Oui, selon le journal El Globo, qui cite les mesures prises comme le meilleur recouvrement des amendes en Amazonie, le doublement des contrôles et la destruction d'équipements utilisés pour des délits environnementaux.
Des moyens ont également été redonnés aux principales agences environnementales, l’Inpe et l’Ibama (Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles). Pour rappel, Jair Bolsonaro avait remplacé des salariés de l’Inpe et des gardes forestiers par des militaires. Ces actions, qui poursuivent l’objectif de zéro déforestation à l'horizon 2030, n’ont toutefois pas un effet immédiat. "Ça prend beaucoup plus de temps de faire une politique environnementale que de la défaire et Bolsonaro a détricoté de nombreuses politiques publiques", souligne Eric Moranval.
D’autant que les stigmates des choix passés ont encore des conséquences très concrètes. À commencer par le recours à la pratique des brûlis (défrichement par le feu), que le nouveau président brésilien ne cautionne pas publiquement. Des brûlis qui seraient précisément à l'origine du bilan record de ce mois de juin.
Alberto Setzer, chercheur à l’Inpe, explique ainsi au journal Folha que "ces incendies en juin seraient le reflet de la déforestation la plus intense de 2022". Un constat partagé par le ministère de l’Environnement, cité par Estadao. Pour ce dernier, l’augmentation des foyers résulte bien de l’accumulation de la matière organique abattue l’an dernier par les brûlis. Ainsi, le déboisement laisse au sol des matières sèches et parfaitement inflammables.
Enfin, un climat chaud et sec, comme cela a été le cas en juin, a favorisé les conditions pour des départs de feux. Avec l’arrivée du phénomène El Nino, redouté par les scientifiques, le nombre d’incendies pourrait d'ailleurs s’accentuer dans les prochaines semaines.
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