Nous l’avons rencontré à l’occasion de la participation, en compétition au dernier Festival de Cannes, de son film « les Herbes sèches », qui a obtenu le prix d’interprétation féminine pour Merve Dizdar, et de sa sortie en salles, afin d’évoquer son enfance à Istanbul, sa vie à la campagne, inspiratrice de ses premiers films, ses années universitaires, ses voyages et ses découvertes cinématographiques. Solitaire dans l’âme, Nuri Bilge Ceylan nous parle de son tournage unique dans le Kurdistan turc, à la frontière arménienne, nous confie comment il se réfère à lui-même pour écrire et filmer, mais aussi à Dostoïevski ou à la poésie kurde.
Je suis né à Istanbul, mais c’est après un séjour en province avec ma famille que nous y sommes retournés, alors que j’avais 6 ans. Notre quartier était traversé par une ou deux voitures par jour. Nous, les enfants, courions derrière. C’était excitant parce que c’était souvent une voiture américaine, une Chevrolet. À l’époque, tout le monde était dans la rue et tous les jours il y avait une projection de film différente. Nous apprenions à vivre au cinéma. Puis la télévision est arrivée. La première fois, elle est apparue dans la vitrine d’un magasin, l’écran disposé face à la rue. Il pleuvait et nous étions tout un groupe réuni devant le magasin. C’était comme si une fenêtre s’était ouverte sur le monde. Comme un miracle !
Les premières familles qui avaient les moyens d’acheter un poste recevaient tous les voisins chez elles. Il y avait une seule chaîne qui émettait jusqu’à minuit, jusqu’à la diffusion de l’hymne national en présence de soldats. Nous regardions jusqu’à la fin de l’hymn...
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