Un maire attaqué. Dans la nuit de samedi à dimanche, Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), a vu son domicile être attaqué à la voiture-bélier au cours de la cinquième nuit de violences urbaines qui a secoué une partie de la France. "Il n'y a aucun doute sur le fait qu'ils voulaient brûler la maison" et, quand "ils ont compris qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur, loin d'arrêter au contraire, ils ont déclenché une salve de tirs de mortiers d'artifice qui était complètement folle", a-t-il raconté sur TF1 (voir vidéo en tête de cet article). Sa compagne a été blessée en prenant la fuite avec ses enfants, et est toujours hospitalisée.
Depuis, le maire a reçu une avalanche de soutiens, après une agression condamnée unanimement dans la classe politique. Ce lundi, élus de divers bords politiques et citoyens ont marché auprès de lui à L'Haÿ-les-Roses. Voici ce qu'il faut savoir sur l'élu des Républicains.
Peu connu à l'échelle nationale, Vincent Jeanbrun est bien implanté localement. Après avoir réalisé toute sa scolarité à L'Haÿ-les-Roses, il fait basculer la ville de 30.000 habitants dans le giron de la droite en 2014, en l'emportant face au maire socialiste sortant. Il n'est alors âgé que de 29 ans, et devient le plus jeune maire du Val-de-Marne.
"Je suis un enfant de L'Haÿ !", s'exclame-t-il à l'époque dans les colonnes du Parisien. Auprès du quotidien régional, il fait deux promesses : être "maire à plein temps" sans cumuler une deuxième fonction, et faire "maximum deux mandats". Il est actuellement au cœur de son deuxième, après l'avoir largement emporté aux municipales 2020 dès le premier tour (54,26%).
L'implantation à l'échelle locale réussie, Vincent Jeanbrun espère mettre les pieds sur la scène nationale, et tente de décrocher un siège de député en 2017. Dans la 7ᵉ circonscription du Val-de-Marne (celle de L'Haÿ-les-Roses), il se hisse au second tour, mais est battu par Jean-Jacques Bridey (LaREM) malgré 47,29% des suffrages.
Un échec qui ne le démotive pas. Cinq ans plus tard, il se présente à nouveau dans la 7ᵉ circonscription du Val-de-Marne, mais ne parvient pas à se qualifier pour le second tour (18,32% des voix). C'est finalement Rachel Keke (Nupes) qui prend la direction de l'Assemblée nationale.
Membre des Républicains, Vincent Jeanbrun est un proche de la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, dont il a été l'attaché parlementaire. Il est d'ailleurs chef du groupe Libres, Républicains et Indépendants (LRI) au sein du conseil régional depuis 2021. En 2022, le maire de L'Haÿ-les-Roses a même été l'un des orateurs de la campagne de Valérie Pécresse, alors candidate à l'élection présidentielle (4,78%).
Le parcours politique de Vincent Jeanbrun trouve racine en 2002, comme nombre d'élus de sa génération. Alors qu'une onde de choc traverse le pays avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac, Vincent Jeanbrun est encore mineur, mais décide de se mobiliser pour éviter de voir le président du Front national franchir le perron de l'Élysée.
"J'ai organisé une grande marche blanche qui a réuni plus de 1000 personnes", racontait-il en 2014 au Parisien. "Quand j'ai vu tout ce monde, cela m'a donné des frissons." Il s'engagera ensuite à l'UMP (devenu Les Républicains) en 2004, puis réitèrera l'an dernier en appelant à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, afin de "défendre la République".
Sur le terrain judiciaire, Vincent Jeanbrun a récemment été visé par une plainte. En février 2022, une enquête a été ouverte notamment pour favoritisme, après une plainte d'Anticor soupçonnant détournements de biens publics et trafic d'influence de la part d'élus LR au cours de projets d'urbanisation à L'Haÿ-les-Roses. D'après l'avocat d'Anticor Me Jérôme Karsenti, "le maire utilise sa commune comme un terrain de jeu, en dilapidant le domaine public au profit d'un aménageur dont les organes dirigeants sont occupés par des amis politiques".