Après des études à l’université de Bonn, Gabriel Zuchtriegel, archéologue italo-allemand, a été nommé en 2015 directeur du parc de ruines grecques de Paestum (province de Salerne). En 2021, à 39 ans, il a pris les rênes de la cité antique de Pompéi, inscrite par l’Unesco sur la liste du patrimoine de l’humanité.
GEO Histoire : Pompéi attire chaque année environ 4 millions de visiteurs. Selon vous, pourquoi est-ce toujours l’un des sites patrimoniaux les plus plébiscités ?
Gabriel Zuchtriegel : Probablement parce qu’il offre une vision complète de la vie dans une ville romaine en 79 après J.-C. : des maisons d’habitation, des marchés, des temples… Comme aucun autre site archéologique, Pompéi nous donne des clés pour comprendre le quotidien des notables et aristocrates de l’Antiquité, mais aussi celui des catégories d’individus subissant les pires conditions d’exploitation, comme les prostituées ou les esclaves. L’extraordinaire conservation des ruines permet de considérer une société dans son ensemble : celle de l’Empire romain au Ier siècle. C’est une ville monde, qui à travers son destin tragique, nous éclaire sur une époque fascinante.
La fragilité des lieux est-elle compatible avec un tel niveau de fréquentation ?
Notre rôle est de partager ce lieu et les connaissances qu’il nous apporte. Si nous n’avons pas de public, quel est le sens de notre travail ? Certains commentateurs estiment que des sites comme Pompéi devrait être fermés aux visiteurs, car ces derniers peuvent causer des dégâts. Effectivement, cela peut arriver… Mais il faut voir les dommages causés quand tout est fermé, comme on a pu le constater durant la pandémie : les dégradations naturelles se poursuivent, la végétation pousse et envahit certains lieux… Quand vous recevez des milliers de personnes chaque jour, il faut s’assurer que tout est en place et que tout fonctionne. Pompéi sans visiteurs est une horrible perspective ! Pour autant, il faut aujourd’hui réfléchir en matière de qualité d’expérience et non en taux de fréquentation. Devons-nous dépasser les 5 millions de visiteurs annuels, qui resteraient à peine une heure sur place, en se précipitant dans certains lieux emblématiques, comme le forum, pour faire des photos et grappiller un petit morceau de l’âme du lieu ? Ou bien voul...
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