C'est devenu une marotte. À tel point que plus personne (ou presque) ne s'en émeut. Depuis 1954, et son tout premier départ de l'étranger depuis Amsterdam, terre du vélo-roi, le Tour de France s'est élancé 24 fois au-delà des frontières de l'Hexagone. Un an après la frénésie qui a accompagné les premiers coups de pédale à Copenhague, au Danemark, et avant de jaillir des rues de Florence, en Italie, l'été prochain, le peloton de la Grande Boucle va partir depuis le Pays basque espagnol.
C'est à Bilbao que sera donné le coup d'envoi de la 110e édition, 31 ans après le seul et unique départ de l'épreuve reine en terres espagnoles. Une amorce déjà donnée au sein de la communauté autonome, à San Sebastian, au cœur des années de règne de la légende Miguel Indurain, cinq fois vainqueur sur les routes du Tour (1991, 1992, 1993, 1994 et 1995).
Ils n'ont jamais cessé de frapper à la porte
Christian Prudhomme, directeur du Tour de France
Samedi 1er juillet, la caravane prendra son élan devant le stade de San Mamés, la "Cathédrale" qui abrite l'Athletic Bilbao depuis 1913. Les 176 coureurs engagés se confronteront à l'une des étapes inaugurales les plus relevées de l'histoire de la course centenaire, une boucle de 182 kilomètres à travers le territoire de Biscaye. Un tracé casse-pattes, truffé d'ascensions dont la côte de Pike (2 km à 9%) et taillé pour un puncheur du style de Julian Alaphilippe (Soudal Quick-Step), qui rêve d'endosser le premier maillot jaune de l'édition 2023, au nez et à la barbe d'un van der Poel (Alpecin-Deceuninck) ou d'un van Aert (Jumbo-Visma). Le lendemain, à l'occasion de la 2e étape, le peloton ralliera San Sebastian depuis Vitoria-Gasteiz.
Le tout devant le peuple basque, fou de vélo, en témoignent ses champions et l'effervescence au bord des routes. Le choix de "donner" à cette terre de cyclisme le Grand Départ du Tour, qui s'arrache à prix d'or (12 millions d'euros), n'est pas anodin. Depuis qu'il a accueilli l'épreuve reine en 1992, le Pays basque a postulé chaque année. "Ils n'ont jamais cessé de frapper à la porte", selon le patron de la Grande Boucle, Christian Prudhomme, qui est retombé sur des lettres de candidature datant de 2000. "Ce qui m'a frappé, c'est que tous les ans, depuis le départ de San Sebastian, le gouvernement basque, la province de Biscaye et la ville de Bilbao ont écrit pour dire qu'ils voulaient à nouveau un Grand Départ. Tous les ans, pendant 30 ans !"
"On aura tout ce qui fait le Tour de France", a promis le directeur de la course, d'après qui la volonté politique, la beauté des paysages et l'enthousiasme populaire sont "les trois éléments déterminants" pour être estampillée ville du Grand Départ. Des cases que Bilbao coche, avec "un terrain sportif extraordinaire", "la beauté du décor", "les références à la géographie, l'histoire et la culture", avec deux passages à Guernica, immortalisée par Picasso, et "l'enthousiasme du public" basque.
"La ferveur va être formidable", a assuré Christian Prudhomme, évoquant le souvenir de "marées oranges d'Euskaltel-Euskadi dans les cols des Pyrénées". "Cette ferveur est aussi clairement indispensable, un an après le départ du Danemark qui a marqué les esprits." "Vous ne pouvez pas vous imaginer. Ça va être le chaos, rien de moins, un truc hyper impressionnant", a témoigné auprès d'Eurosport le champion olympique 2008 et meilleur grimpeur du Tour de France 2011, Samuel Sanchez, biberonné au cyclisme basque. "Les gens vont vraiment avoir peur de ce que peut produire le cyclisme à Bilbao."
En attendant que les fauves entrent dans l'arène, la fièvre du vélo grimpe à Bilbao, ancienne cité industrielle, portée par la sidérurgie et la chimie. Ornée de l'ikurriña, son drapeau reconnaissable entre mille, la "capitale" du Pays basque espagnol s'est parée aux couleurs du Tour, à chaque coin de rue. "L'excitation et la passion des Basques sont énormes", a garanti un autre régional de l'étape, Mikel Landa, leader de l'équipe Bahrain Victorious et candida...
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