L’émotion et la colère ne faiblissent pas après la mort d’un adolescent de 17 ans, prénommé Nahel, dans la ville de Nanterre le 27 juin. La diffusion de la scène sur les réseaux sociaux a participé à donner de l’écho au drame, provoquant des réactions de toute la classe politique et remettant en question la version initialement connue. Le procureur de Nanterre Pascal Prache, quarante-huit heures après les faits, a tenu un point-presse au cours duquel il a pu détailler plusieurs éléments.
Nahel a été tué par un policier mardi 27 juin vers 8h30 alors qu’il circulait au volant d’une Mercedes immatriculée en Pologne avec deux amis. Refusant de se soumettre à un contrôle routier, l’adolescent a été poursuivi par deux agents de police en moto puis finalement appréhendé, toujours à bord du véhicule. Visé au thorax par un tir à bout portant d’un des policiers, Nahel est décédé des suites de ses blessures quelques minutes plus tard.
Deux jours plus tard, le parquet de Nanterre a décidé de la détention provisoire du policier de 38 ans, auteur du tir mortel. Le ministre de l'Intérieur a indiqué dans la foulée sa suspension administrative. Le fonctionnaire est, depuis ce jeudi soir, mis en examen pour "homicide volontaire" et placé en détention provisoire.
Les images, diffusées sur les réseaux sociaux, débutent à partir du contrôle du véhicule par les policiers, jusqu'au massage cardiaque opéré par les pompiers sur la victime. Les circonstances dans lesquelles ces derniers ont procédé au contrôle routier commencent à se préciser. En conférence de presse, le procureur de Nanterre a détaillé le déroulé des événements, de 7h55 à 9h15 lorsque Nahel est déclaré mort, après avoir entendu les deux policiers "à plusieurs reprises" et exploité des vidéos de surveillance et des vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux.
La Mercedes est donc repérée par les deux policiers sur le boulevard Jacques Germain Soufflot à Nanterre à 7h55, sur une voie de bus. La berline roule à "vive allure", et "le jeune âge apparent des passagers et du conducteur" intrigue les deux fonctionnaires, selon le récit du procureur de Nanterre, Pascal Prache. Ceuxi-ci tentent alors de contrôler le véhicule. Refusant de se soumettre à un contrôle routier, l’adolescent redémarre, grille le feu, selon le magistrat, avant d'être coincé dans les bouchons et rattrapé. Ce sont plusieurs vidéos, une en particulier, qui ont permis de comprendre la chronologie du drame, à retrouver dans notre article.
La version du troisième passager, qui s'est enfui du véhicule et que les enquêteurs n'ont pas encore entendu, pourrait venir compléter le puzzle.
Ce que dit le policier dans la vidéo
Pour déterminer les responsabilités dans la mort de Nahel, les enquêteurs peuvent donc s’appuyer sur de l’image, mais aussi du son. Dans la vidéo du tir, authentifiée par l’AFP, on distingue une voix masculine dire "tu vas te prendre une balle dans la tête", sans que l'on puisse attribuer cette phrase à quelqu'un en particulier. Vient ensuite deux interprétations différentes. Certains entendent un policier dire "shoot le" à son collègue qui finira par tirer sur le jeune conducteur, c'est la version soutenue par l'avocat du mineur lorsqu'il a fait part de son intention de déposer plainte contre les deux fonctionnaires. D’autres distinguent plutôt l’ordre suivant, "coupe", en parlant du moteur de la berline, suivi d'une phrase difficilement intelligible.
Au cours de leur audition, deux fonctionnaires ont été confrontés aux "propos tenus lors du contrôle et au regard des vidéos amateur diffusées sur les réseaux sociaux", a indiqué le procureur de Nanterre, d’après qui "seule une partie des propos étaient reconnus par un des fonctionnaires". Pour y voir plus clair, la bande sonore de cette vidéo amateure va donc être analysée par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).
Si le deuxième policier a sorti son arme
Dans une vidéo prise par un témoin, à travers son rétroviseur, on croit distinguer les armes de service des deux policiers, penchés sur le véhicule. Ce jeudi, le procureur de Nanterre a confirmé que les deux fonctionnaires de police, une fois pied à terre, ont effectivement sorti leurs revolvers de service. Ils disent "avoir tous deux sorti leurs armes et les avoir pointées sur le conducteur pour le dissuader de redémarrer en lui demandant de couper le contact".