Une tenue de soirée, des applaudissements, des comédiens jouant tour à tour des rôles du célèbre Tartuffe de Molière. Ces accessoires, personnages et gestes avaient tout d’une pièce de théâtre sauf qu’ils n’étaient pas réunis ce mercredi dans une salle de spectacle mais dans une salle d’audience.
Arrivés avec une heure de retard main dans la main à leur procès pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord d'images à caractère sexuel", Alexandra de Taddeo, 32 ans, robe de soirée bleue, sandales brillantes et boucles d’oreilles clinquantes, et l’artiste russe Piotr Pavlenski, 39 ans, tout de noir vêtu, ne sont pas passés inaperçus. Les deux se voient reprochés d’avoir diffusé sur le site "Pornopolitique" en février 2020 des vidéos de l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux se masturbant. Celles-ci avaient été envoyées par le député à Alexandra de Taddeo en privé via les applications Messenger et Instagram au cours d’une relation en 2018. Elles ont été vues ensuite des milliers de fois et ont poussé le politique, alors candidat à la mairie de Paris, à annoncer son retrait.
"L'art contemporain détruit les zones de confort", a déclaré Piotr Pavlenski peu avant de franchir la porte de la salle d'audience, ajoutant que la "liberté artistique" devait être "la plus grande valeur". Et de poursuivre peu après face au tribunal. "Aujourd'hui aura lieu le jugement de mon huitième événement d'art sujet-objet, l'événement Pornopolitique, je serai jugé pour mélanger le style élevé et bas… L’interdiction de mélanger des styles est une interdiction du 18e siècle. Les conservateurs sont sournois. Aujourd’hui, nous allons tous assister à l’agonie des morts-vivants". Interrompu par la présidente, l’artiste est applaudi et l'audience suspendue. Rappelé à la barre après la suspension, le prévenu a refusé de s’y présenter en signe de protestation : "Vous ne voulez pas m’écouter, maintenant, c’est la règle du silence".
Au sujet des fameuses vidéos, qui ont été visionnées dans la salle d’audience par les parties, après que le public et la presse ont été invités à quitter la salle, Alexandra de Taddeo a été plus prolixe. L'étudiante en histoire de l'art a contesté toute participation à leur diffusion mais a soutenu la démarche de son compagnon et la "liberté artistique".
Pourquoi a-t-elle enregistré ces images qui étaient censées être éphémères et limitées sur une durée de vie de moins d’une minute ? "La relation était déséquilibrée, j'étais une jeune étudiante. J'avais rien pour moi. Lui (Benjamin Griveaux, ndlr) était plus âgé, il avait une position de pouvoir. Tous les réseaux de l'État ont cherché à m'écraser d'une certaine façon. Si je suis honnête avec vous, je recommande à toutes les femmes de faire cela si elles ont des échanges avec des hommes", a-t-elle expliqué. Selon elle, Piotr Pavlenski a pris les images à son insu et les a diffusées. Mais pour les juges d’instruction, la partie civile comme pour le ministère public, il y a bien une "implication directe" de la jeune femme dans cette action.
"Maquiller ses agissements, ses délits et ses crimes en invoquant l’art, c’est une imposture. L'art n'a jamais été un instrument de délation, l'art n'a jamais été un instrument totalitaire, de terreur, pour détruire des vies. L'art c'est fait pour élever. Ça n'est pas un instrument de terreur à mi-chemin entre le sadisme et la mauvaise téléréalité (...) Je ne vois dans ce que fait Pavlenski ...
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