L'affaire durait depuis 2019, pendant quelques mois, la géante rouge Bételgeuse, presque un milliard de fois plus volumineuse que le Soleil, avait vu sa luminosité baisser d'environ 35 %. S'agissait-il d'un signe avant-coureur de son explosion en supernova ? Il ne semble pas car une explication plus prosaïque est aujourd'hui confirmée par des observations d'astronomes ayant utilisé des instruments du VLT de l'ESO.
En collaboration avecL'Humanité connaît de longue date l'étoile Bételgeuse car c'est l'une des étoiles les plus brillantes de la constellation d'Orion. Mais c'est seulement au XXe siècle que l'on a pu connaître sa taille et elle fut même la première étoile dont le diamètre a été déterminé. En 1921, en effet, les astronomes Michelson et Pease utilisèrent la technique de la synthèse d'ouverture, imaginée par Hippolyte Fizeau, pour déterminer le diamètre apparent des étoiles par des méthodes interférométriques. Il devient alors clair que l'on était en présence d'une supergéante rouge presque mille fois plus large par son rayon que le Soleil et, étant donné sa température de surface, environ cent mille fois plus lumineuse.
Les progrès fulgurants, après la Seconde Guerre mondiale, dans la théorie de la structure et de l'évolution stellaire, grâce au développement de l'astrophysique nucléaire, ont fait que Bételgeuse intéresse beaucoup les astrophysiciens car elle est susceptible de nous donner des clés pour comprendre plus précisément comment de telles étoiles, très massives (Bételgeuse contient environ 15-20 masses solaires), terminent leur vie au bout de seulement quelques millions d'années.
En effet, on sait depuis des dizaines d'années qu'il existe une relation entre la masse d'une étoile, sa luminosité et son temps de vie. Plus une étoile est massive, plus la température en son centre est élevée. Il en résulte que certaines réactions de fusion thermonucléaire sont possibles, dégageant les énormes quantités d'énergie nécessaires pour produire une pression de rayonnement capable de s'opposer à celle qui résulte de la propre gravité de l'étoile, en l'occurrence celles du cycle CNO.
Ce faisant, elle consomme son carburant thermonucléaire à un rythme si rapide que son temps de vie se compte en quelques millions d'années plutôt qu'en milliards d'années, comme c'est le cas pour le Soleil. Comme on estime que la géante rouge est née il y a environ 8 millions d'années, on a de bonnes raisons de penser que, dans quelques milliers ou centaines de milliers d'années très probablement, Bételgeuse explosera en supernova. Comme elle n'est située qu'à 600 années-lumière environ (les incertitudes restent grandes quant à sa distance exacte), l'explosion produira sur Terre un spectacle impressionnant, visible en plein jour.
Cette animation combine quatre images réelles de l'étoile supergéante rouge Bételgeuse, la première prise en janvier 2019 et les autres prises en décembre 2019, janvier 2020 et mars 2020, pendant le déclin sans précédent de l'étoile. Toutes les images, qui permettent de visualiser la surface de l'étoile, ont été prises avec l'instrument Sphere du Very Large Telescope de l'Eso. © ESO/M. Montargès et al.,/L. Calçada
Bételgeuse est donc très étudiée et, lorsque des observations fin 2019 et début 2020 ont commencé à montrer que l'astre devenait beaucoup moins lumineux, la nouvelle a été très médiatisée tandis que les astrophysiciens étaient devenus songeurs. Fallait-il craindre l'imminence de l'explosion de la géante rouge ? Comment de toute façon expliquer cette baisse de luminosité ?
Futura avait consacré de nombreux articles à cette question dont ceux que l'on peut lire sous celui-ci. L'astrophysicienne Sylvie Vauclair nous y rappelait notamment que la supergéante rouge est une étoile variable et que, pour cette raison, nous n'étions peut-être, et même probablement, que face à un de ses multiples cycles de variations et pas du tout en face des prémices de son explosion.
Sylvie Vauclair avançait une autre explication, moins probable, selon elle : « Bételgeuse, qui émet en permanence de forts vents stellaires, aurait émis une bouffée de gaz et de poussières particulièrement importante, qui la cacherait partiellement avant de s'évaporer complètement ».
Cette hypothèse était aussi envisagée par l'astronome Miguel Montargès, de l'Observatoire de Paris, en France, et de la KU Leuven, en Belgique. Avec son équipe, il avait eu recours aux instruments du VLT implanté au sommet du Cerro Paranal, au Chili, pour étudier Bételgeuse. Dans un communiqué de l’ESO, il expli...
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