Rayon cosmétique dans un supermarché parisien. Une cabine de téléconsultation. En caméra discrète, nous allons nous faire passer pour malade. Un léger état grippal. La consultation démarre. L’équipement est connecté. En à peine trois minutes, le médecin pose son diagnostic : une rhinopharyngite. Pourtant, notre journaliste n’est pas malade. Puis le médecin propose de lui-même un arrêt maladie.
Dans la foulée, à une heure de route de Paris, en pleine campagne, nous allons retenter l’expérience d’une consultation en ligne dans une cabine. Ici, pas de supermarché. La téléconsultation s’effectue dans un bâtiment communal. C’est une société privée qui gère la cabine. Une fois rentré le numéro de carte vitale et répondu à quelques questions très sommaires comme le fait d’avoir ou non une maladie chronique ou d’avoir déjà été opéré, un médecin se connecte. Nous présentons les mêmes légers symptômes que tout à l’heure. Cette fois, le docteur pense au Covid. Durée de la consultation : 3 minutes 37 secondes. Et une fois de plus, sans même l’avoir demandé, un arrêt maladie de trois jours est délivré, imprimé directement depuis la cabine.
Deux arrêts maladies à 90 minutes d’écart. Voilà qui interpelle. Nous contactons l’entreprise qui gère la deuxième télécabine, celle située à la campagne. "Il y a de nombreux médecins qui malheureusement, faute de place, n’ont pas la possibilité de prendre de nouveaux patients et chaque jour, on a des patients qui se retrouvent sans médecin traitant avec peu de possibilités de prise en charge et d’accès au soin. Et notre but, c’est vraiment de redonner un accès aux soins à ces personnes-là, les réintroduire dans le parcours de soin", explique au 20H de TF1 Nathaniel Bern, cofondateur de Medadom.
Dans le village de Bû, commune de 2000 habitants, on manque tellement de médecins qu’on a lancé un avis de recherche. En attendant, la solution de secours, c’est la pharmacie qui l’a trouvée. Elle a installé une télécabine à côté du comptoir. "C’est plutôt une solution de secours parce qu’on ne peut pas faire de diagnostic, on ne peut pas toucher le patient, vérifier que tout va bien au niveau du ventre par exemple. C’est plutôt s’ils ont besoin de faire un renouvellement pour avoir leurs médicaments. On leur propose la borne de télémédecine, comme ça ils ont leur traitement pour un mois", déclare Amandine Maître, la pharmacienne.
Pour les médecins qui consultent via les télécabines, plus on va vite, plus c’est rentable. Mais il y a des règles. Aujourd’hui, les généralistes ont le droit à 20% de téléconsultations en ligne et pas davantage. En 2018, 3000 téléconsultations étaient réalisées. Le nombre grimpe à 80.000 en 2019 et il explose en 2021 avec 9,4 millions de téléconsultations.
Dans un cabinet médical de Clamart (Hauts-de-Seine) chaque consultation dure entre 30 et 45 minutes et pas question de recommander la moindre consultation en ligne si l’on ne connaît pas le médecin. "Fuyez les cabines médicales si vous le pouvez. La qualité des soins en prend un coup si on va trop vite. On peut faire des erreurs. Ça peut entraîner soit des traitements par défaut qui peuvent être dangereux, soit des traitements par excès qui peuvent également être dangereux", prévient le docteur Armand Semerciyan.
Un autre dérapage possible se trouve au niveau des ordonnances. En passant par une cabine, ces ordonnances sont dématérialisées. "Quand on a une consommation excessive, il n’y a rien de plus simple que la téléconsultation pour avoir une ordonnance par jour. Vous pouvez en plus les réimprimer à l’infini. Aucun moyen de vérifier où sont les médecins puisqu’ils peuvent être n’importe où sur le territoire, donc pour moi, c’est une non-qualité des soins et un risque de surconsommation évident", affirme Christine Bihr, pharmacienne.
Nous avons joint la direction de l’Assurance-maladie. Elle considère que les télécabines, dans les supermarchés notamment, posent question en termes d’accompagnement et de qualité des soins. ...
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