Hamidou Anne : “Le défaut congénital des événements de juin 2023 est leur source séditieuse”

Seneweb - 22/06
Hamidou Anne : “Le défaut congénital des événements de juin 2023 est leur source séditieuse”; Premier site d'informations de l'Afrique de l'ouest | seneweb.com
Hamidou Anne : “Le défaut congénital des événements de juin 2023 est leur source séditieuse”
Hamidou Anne est essayiste et chroniqueur. Ancien élève de l’ENA de France, il est l’auteur de « Panser l’Afrique qui vient ». Dans cet entretien accordé à Seneweb, il fait sa lecture des troubles tragiques qui se sont déroulés au Sénégal au début du mois de juin. Manifestations, révolte populaire, émeutes, insurrection…Avec le recul, comment qualifieriez-vous ce qui s’est passé au Sénégal, les 1, 2 et 3 juin ?C’est une question intéressante car dans la confusion on perd le sens des mots ainsi que leur signification. Le bruit médiatique, le vacarme des réseaux sociaux, les interprétations et les manipulations tendent non pas à éclairer mais à davantage perdre celui qui essaye de suivre et de comprendre ce qui nous arrive. Nous avons vu une vague de violence financée et organisée en 2023 par un camp mais dont les ressorts sont lointains, les causes profondes et les mécanismes destructeurs. Il y a eu, depuis des années, un cheminement ayant conduit à cette explosion qui a généré des pillages, des casses, des agressions, des viols et des morts. Les causes directes ont trait à la condamnation d’un homme politique dont la défense de rupture depuis le début de cette affaire privée est la négation de toute possibilité de jugement et le choix de se soustraire à une action judiciaire. Nous nous souvenons du « mortal combat », de l’appel aux jeunes à donner leur vie pour qu’il puisse échapper à la Justice. Il faut rappeler les déclarations d’Ousmane Sonko et d’un de ses bruyants soutiens de la société civile, qui prédisaient la guerre civile en cas de tenue d’un procès. Il faut aussi revenir aux appels à l’insurrection, à la sédition et au coup d’État contre un régime légalement installé. Il faut citer le communiqué du parti Pastef, le 1er juin, qui pour la première fois, et de manière officielle, appelait l’armée à renverser un président élu au suffrage universel. L’État a laissé faire par tactique politicienne. Le fait de laisser prospérer les discours séditieux de M. Sonko a permis l’inoculation dans la conscience de nombreux Sénégalais d’un imaginaire putschiste dont le sommet a été atteint au début du mois de juin. “Où étaient les cadres de Pastef, les membres de Yewwi Askan Wi, les gens de Y’en a marre et de Frapp France-Dégage, les acteurs du F24 ? Il est curieux d’avoir trois jours de manifestation politique et de n’identifier aucun leader connu”Mais qui était dans la rue ? Évidemment, des Sénégalais sont sortis consécutivement à deux années de radicalisation par un homme qui a quitté les habits d’un leadership rationnel pour se vêtir du manteau de gourou, de cette figure messianique propre à tous les totalitarismes.Mais où étaient les cadres de Pastef, les membres de Yewwi Askan Wi, les gens de Y’en a marre et de Frapp France-Dégage, les acteurs du F24 ? Il est curieux d’avoir trois jours de manifestation politique et de n’identifier aucun leader connu. Qui était donc dans la rue ? Elle a été laissée à des bandes organisées qui ont agi comme une sorte d’avant-garde derrière laquelle suivaient des manifestants contre ce qu’ils considèrent comme une injustice mais surtout des bandits, des pillards, des badauds et même des enfants.  “Ce qui m’interpelle c’est que que la nation ait produit des citoyens qui font le choix de rompre avec notre modèle démocratique pour emprunter la voie de la sédition, de la jacquer...
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