Emmanuel Carrère : « On fait du yoga avec ce qu’on est »

Christophe Ono-dit-Biot - LePoint - 04/01
Un « travail d’éveil ». C’est ainsi que l’écrivain qualifie cette discipline originaire de l’Inde, dont l’Unesco célèbre ce jeudi la journée mondiale. 

Nous choisissons de republier cette interview d'Emmanuel Carrère, à l'occasion de la journée mondiale du Yoga. Lorsque cette interview a été réalisée, en 2019, il n'avait pas encore écrit Yoga (éd. POL), un récit, paru en 2020, qui traite de sa pratique du yoga et de la méditation pour lutter contre la dépression.

Le Point : Depuis quand pratiquez-vous le yoga ?

Emmanuel Carrère : Une vingtaine d'années. J'ai commencé par pratiquer le karaté, puis le tai-chi-chuan, deux activités qui ont une visée martiale que le yoga n'a pas, évidemment…

Une visée martiale, le tai-chi-chuan ? On a plutôt l'image de personnes âgées dans les parcs de Pékin…

Détrompez-vous ! Le tai-chi peut être fulgurant ! Je me rappelle mon maître chinois qui, un jour, nous a fait une démonstration, un enchaînement de mouvements sur un tempo extrêmement lent. On avait l'impression d'une méduse se déployant dans l'espace au ralenti. En quelque vingt minutes il a dû respirer deux fois : dix minutes pour chaque séquence d'inspiration et d'expiration. C'était stupéfiant. Mais quand il a fini, il nous a dit, très tranquillement : « Don't miss the point, this is to kill… » (« Ne vous y trompez pas, le but, c'est de tuer… ») Donc votre image des vieilles personnes dans les parcs de Pékin est juste, mais incomplète… Le tai-chi doit se pratiquer vite et lentement. Et...
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