Stratégie de communication ou engagement sincère ? En visite officielle en France, le prince héritier Mohammed ben Salmane a fait du Septième art un symbole d’ouverture vers le monde. Tout a commencé en 2018, lorsque le régime a mis fin à trente-cinq d’interdiction des salles de cinéma sous la pression des religieux, refusant le divertissement et la réunion des hommes et des femmes dans les lieux publics.
À l’époque, le régime avait annoncé l’ouverture de centaines d’écrans et la création de quelque 30.000 emplois à l’horizon 2030. Des investissements destinés à développer l’économie locale et à faire de l’Arabie Saoudite un acteur clé de l’industrie cinématographique au Moyen-Orient.
Si les blockbusters hollywoodiens trustent les premières place du box-office, le pays s'est engagé dans le développement d'une production destinée à la concurrencer sur le marché intérieur avec des comédies populaires comme Sattar du réalisateur Abdullah Al Arak, l'histoire d'un homme modeste qui devient un champion international de catch. Avec plus de 700.000 entrées au printemps dernier, il est entré dans le top 5 des plus grands succès en Arabie Saoudite, dominé par Top Gun : Maverick.
Plus surprenant : l'Arabie Saoudite s'est également lancée dans le financement de films d'auteurs, produits sous l’impulsion du Red Sea Festival, créé en 2019, et d'un fond spécifique qui a participé à la production de 168 longs-métrages arabes et africains depuis deux ans. Des films invités dans toutes les grandes manifestations internationales comme le Festival de Cannes.
En mai dernier, huit films présentés sur la Croisette affichaient la participation du Red Sea Fund à leur financement. Parmi eux, le documentaire Les filles d’Olfa de la Tunisienne Kaouther Ben Hania, Auguri du rappeur belge d'origine zaïroise Baloji, Goodbye Julia du Soudanais Mohamed Kordofani mais aussi... Jeanne du Barry de Maïwenn, le film d'ouverture avec Johnny Depp.
Lors de la conférence de presse du film, la réalisatrice française avait défendu cette participation dont le montant exact reste secret à ce jour. "Je suis très fière que ce soit produit par des Saoudiens, les mentalités évoluent", avait-elle déclaré à la question d'un journaliste sur le sujet. "Je serai très fière d'aller là-bas présenter le film, avec mes idées. Les choses bougent."
L'Occident est arrivé à ce qu'il est après des années de guerres et de débats. Nous sommes un Etat qui a 90 ans, patientez un peu
Emad Iskandar, le directeur du Red Sea Fund, à Cannes
Ce n’est pas tout à fait l’avis des ONG. En 2022, Human Rights Watch avait accusé l’Arabie Saoudite, régulièrement pointée du doigt pour des discriminations à l'égard des femmes et l’exécution de prisonniers, d'utiliser des festivals comme Cannes "comme un moyen de blanchir leur réputation". Une méthode similaire à l’organisation d’événements sportifs comme le controversé Grand Prix de F1, lancé à Djeddah en 2021.
En mai dernier, ces accusations avaient été rejetées en bloc par Emad Iskandar, le directeur du Red Sea Fund. "Ce sont des paroles en l’air qui nous attristent plus qu’autre chose", déclarait-il dans un entretien accordé à l’AFP. "Venez connaître l'Arabie saoudite puis parlez de nous ! L'Occident est arrivé à ce qu'il est après des années de guerres et de débats. Nous sommes un Etat qui a 90 ans, patientez un peu".
Sur le site du Red Sea Fund, on s’aperçoit que de nombreux longs-métrages en préparation sont réalisés par des femmes et portent sur des sujets de société qui questionnement la société saoudienne. C’est notamment le cas de Basma, un film réalisé par l’actrice et activiste Fatima Al-Banawi qui aborde la difficile prise en charge...
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