« Je suis médecin urgentiste et l’hôpital public a piétiné ma vocation »

Abigael Debit - Huffpost FR - 15/06
Abigael Debit est médecin urgentiste depuis 2009. À mesure qu’elle a vu ses conditions de travail se dégrader, elle a aussi constaté l’angle mort qui persiste autour de la santé mentale des soignants à l’hôpital public. Elle raconte.
Jonathan Kirn / Getty Images
Jonathan Kirn / Getty Images
« “À l’hôpital, on voit vite ses idéeaux se fracasser sur le principe de réalité »

TÉMOIGNAGE - J’ai travaillé pendant dix ans en tant que médecin urgentiste à l’AP-HP, et j’ai aimé y exercer. Ce métier correspondait aux valeurs que je voulais porter dans mon travail : une institution publique à l’image d’un système de santé solidaire, et un hôpital universitaire pour transmettre à mon tour le savoir qu’on m’avait inculqué. J’aimais l’idée qu’aux urgences, on soigne aussi bien des ministres que des sans-abri sans jamais que l’argent ne soit une question.

Et pourtant, devant la dégradation catastrophique de mes conditions de travail, j’ai fini par quitter ce service que j’aimais tant et par rejoindre un hôpital privé à but non lucratif. Un vrai choix par dépit dans ma carrière et la preuve que même quand on tente de s’y accrocher, l’hôpital public finit par abîmer la santé mentale de celles et ceux qui y exercent.

Jamais on ne nous demande « Est-ce que ça va ? »

Être soignant, c’est expérimenter un mélange entre des responsabilités immenses et une confrontation permanente à la souffrance, la mort. Ce qui me semble fou, c’est qu’à aucun moment de...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...