L'anorexie n'est pas qu'une maladie de filles riches, blanches et minces

Frances Thomas - Slate FR - 30/05
La pauvreté et des apports nutritionnels insuffisants peuvent engendrer des troubles du comportement alimentaire.

Makailah Dowell a grandi dans une petite ville de l'Idaho. Elle a connu les privations alimentaires et la condition de SDF. Ce ne sont pas ses parents biologiques qui l'ont élevée mais sa grand-mère, qui avait du mal à joindre les deux bouts avec un salaire de femme de ménage. Pour l'essentiel, elles ont survécu grâce à des bons d'alimentation et à des produits à prix discount de moindre qualité –sauf les rares jours où sa grand-mère revenait avec un généreux carton de nourriture, offert par l'hôtel où elle était employée.

«C'est à ce moment-là que les crises de boulimie ont commencé», se souvient-elle. Après une longue journée de cours, où elle était victime de harcèlement en raison de ses origines ethniques (afro-américaines) et de sa corpulence, l'adolescente cédait à un besoin compulsif de manger, perdant le contrôle devant cette abondance inhabituelle de victuailles. S'ensuivait un sentiment de culpabilité insupportable. Elle a commencé à se faire vomir pour essayer de réparer les dégâts.

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter quotidienne de Slate.fr et ne ratez plus aucun article!

Je m'abonne

Lorsqu'elle a pris conscience que quelque chose clochait, le cercle vicieux de la boulimie était déjà bien installé. Mais lorsqu'elle a demandé de l'aide à son médecin, celui-ci a éludé le problème. À ses yeux, il s'agissait clairement d'un préjugé de la part du corps médical: «Il s'est contenté de regarder mon poids et ma race et a dit qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter», dit-elle. Il a fallu attendre cinq ans pour que son trouble soit diagnostiqué, à l'âge de 16 ans, et seulement parce qu'un dentiste a remarqué que l'émail de ses dents était sérieusement abîmé, ce qui est un effet secondaire courant des vomissements à répétition.

On a l'habitude de considérer que les troubles du comportement alimentaire touchent les jeunes filles ultra-minces, blanches et aisées, le stéréotype de la SWAG (skinny, white, affluent girl). Dans l'imaginaire collectif, le patient type est une jeune femme blanche qui n'a que la peau sur les os. Éventuellement, elle s'accorde une maigre tranche de fruit ou une fine rondelle de concombre, en espérant rentrer dans un nouveau jean de créateur en taille ...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...