Séisme meurtrier, inflation galopante, dépréciation de la monnaie… La Turquie de Recep Tayyip Erdogan traverse une série de crises qui semble avoir menacé président sortant dès le premier tour de l'élection présidentielle, le 14 mai dernier. Il en sort tout de même en tête et s'avance en position favorable pour le second tour.
Ce dimanche 28 mai. Quelque 64,1 millions de citoyens sont de nouveau appelés aux urnes pour départager celui qui est surnommé "le Reis" de son rival politique Kemal Kiliçdaroglu. Ce dernier, chef du Parti républicain du peuple (CHP), est à la tête d'une coalition de six partis et bénéficie du soutien du principal parti pro-kurde, HDP.
Recep Tayyip Erdogan a obtenu 49,5 % des voix et son adversaire, le social-démocrate Kemal Kiliçdaroglu, 44,9 %, soit 2,5 millions de voix de moins.
Sur la forme, la campagne ne ressemble pas à celle qui précédé le premier tour, et aucun des deux candidats n'organise de grands meetings durant cet entre-deux-tours. Le président sortant, au pouvoir depuis 2003, n'avait pas ménagé ses efforts jusqu'au 14 mai, lui qui avait été donné souffrant quelques jours avant le premier tour, l'obligeant à un repos de quatre jours avant de réapparaître en public.
Recep Tayyip Erdogan donne désormais de nombreuses interviews aux télévisions nationales, et communique avec les citoyens via les réseaux sociaux, tout comme son adversaire. Tous deux appellent les Turcs à se rendre aux urnes dimanche, après un taux de participation déjà élevé au premier tour, de 88 %.
Le troisième candidat à l'élection présidentielle, l'ultranationaliste Sinan Ogan, avait recueilli 5,2 % des suffrages au premier tour. Les deux candidats encore en lice espéraient pouvoir bénéficier de son soutien, mais c'est finalement à Recep Tayyip Erdogan qu'il l'a accordé. "J'invite nos électeurs qui ont voté pour nous au premier tour à soutenir M. Erdogan au second tour", a-t-il appelé lundi. "Nos négociations ont été conduites autour des principes suivants : le terrorisme sera combattu, un calendrier sera établi pour renvoyer les réfugiés, et les institutions étatiques turques seront renforcées", a expliqué Sinan Ogan.
Le chef du parti nationaliste Zafer, Ümit Özdag, a lui annoncé soutenir Kemal Kiliçdaroglu, grâce à un accord passé entre les deux hommes. Il prévoit de renvoyer sous un an dans leur pays d'origine tous les migrants présents en Turquie, dans le respect des droits humains.
Les réfugiés sont au cœur des débats politiques. Le candidat de l'opposition avait promis de renvoyer les plus de 3,7 millions de réfugiés syriens dès qu'il serait élu, et explique venir "pour sauver ce pays du terrorisme et des réfugiés". Et depuis le 14 mai, son discours s'est durci. "Je ne me suis jamais assis à une table avec des organisations terroristes et je ne le ferai jamais (...) Je renverrai tous les réfugiés chez eux dès mon arrivée au pouvoir", a-t-il encore déclaré à Ankara, jeudi dernier.
Or, selon certains observateurs, comme Emre Peker, directeur d'Eurasia Group, "Kiliçdaroglu risque également de perdre plus de soutiens kurdes que de gagner des votes nationalistes s'il va trop loin avec la rhétorique", a-t-il commenté sur Twitter.
Le rival du président sortant appelle, quasiment chaque jour sur les réseaux sociaux, les Turcs à se rendre aux urnes dimanche, avec des appels comme "que ceux qui aiment leur patrie viennent aux urnes !" ou "c'est un référendum. Plus personne ne peut tromper personne. J'en appelle à nos 8 millions de citoyens et à tous nos jeunes qui ne se sont pas présentés aux urnes" au premier tour, peut-on lire sur Twitter.
Un appel qui se retrouve tout autant sur les réseaux sociaux de Recep Tayyip Erdogan. "Nous devons refléter la volonté que nous avons affichée le 14 mai dans les urnes, le 28 mai, cette fois beaucoup plus fortement", écrivait "le Reis" mardi. "Nous travaillerons dur jusqu'à dimanche, et nous montrerons certainement notre volonté en nous rendant tôt aux urnes dimanche, nous veillerons à ce que nos conjoints, amis et voisins se rendent également aux urnes", peut-on lire sur son compte Twitter.
Au premier tour de l'élection présidentielle, de ...
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