Si le monde se dirige vers un réchauffement de +3,2 degrés d'ici 2100 si rien n'est fait pour lutter contre le changement climatique dû aux activités humaines, la France, elle, pourrait subir une augmentation des températures 4 degrés. Un scénario "lucide" selon le Conseil national de la transition écologique, le continent européen subissant une hausse bien plus rapide que la moyenne mondiale. Un réchauffement qui changerait radicalement le visage de l'Hexagone. TF1info décrypte ce qui pourrait alors être le quotidien des Français résidant en métropole.
"Un climat à +4 degrés, c'est entrer dans un territoire totalement inconnu", avertit Camille Parmesan, chercheuse du CNRS à la Station d'écologie théorique et expérimentale. Les scientifiques interrogés par TF1info dressent ainsi un portrait inquiétant : une France sous un climat extrême avec des canicules pouvant durer jusqu'à deux mois et jusqu'à 90 nuits tropicales par an. L'été 2022 pourrait ainsi devenir un exemple d'été "moyen" à l'avenir, voire "un peu froid".
D'autant que le +4 degrés n'est qu'une moyenne. "Vous avez des zones qui vont connaître un réchauffement de plus de sept degrés", avance Camille Parmesan. Un constat confirmé par Davide Farranda, chercheur au CNRS au Laboratoire LSCE : "On aura des vagues de chaleur plus intenses et beaucoup plus intenses que ces quatre degrés qui sont une moyenne. On l'a vu en 2022, quand on a battu des records de température avec des anomalies de l'ordre de 12/15 degrés au-delà des normales. Un réchauffement de +4 degrés ne va pas se traduire par des vagues de chaleur de +4 degrés, mais par des températures pouvant monter jusqu’à +15 degrés au-dessus des normales qui seront supérieures à celles d'aujourd'hui".
Les événements climatiques extrêmes vont se multiplier. "Si on prend les villes côtières de la Méditerranée, Nice, Marseille ou Montpellier, on peut s'attendre à vivre ce que l'on a observé l'été dernier, avec des sécheresses prolongées et très peu de pluie", décrit Davide Farranda qui alerte également sur la multiplication des "événements extrêmes composés". "On risque d'avoir une sécheresse puis des vagues de chaleur. Des vagues de chaleur puis des orages" qui vont eux-mêmes provoquer d'importantes inondations. "Des phénomènes qui vont nous coûter cher en termes d'adaptation et pour lesquels on ne pourra d'ailleurs pas forcément s'adapter", décrypte-t-il.
Des événements violents qui pourraient devenir récurrents, d'autant que "si on a plus d’orages, on risque d’avoir des orages plus intenses et donc plus de grêle, plus de tornades, plus de coups de vent", explique encore le spécialiste. "Cela fonctionne comme un puzzle. On a des pièces, et malheureusement, quand on les met ensemble, au lieu de faire quelque chose de sympa, on fait des monstres", indique le chercheur.
Une France à +4 degrés est également une France à court d'eau. Pour comprendre ce à quoi va ressembler l'Hexagone, "il faut tenir compte de l'évolution des précipitations, des pluies et des chutes de neige", détaille Camille Parmesan. "Selon les modèles, le nord de la France pourrait connaître une légère augmentation des précipitations, de l'ordre de 10%. Tout le long de la Méditerranée, on observe un assèchement de 10 à 20 %. Mais avec une hausse de 4 degrés, si l'on considère l'humidité du sol, même si les précipitations augmentent dans le nord, le sol est plus sec", détaille la scientifique. "Il y a plus de pluie, mais le sol est plus sec parce qu'il y a suffisamment de chaleur pour qu'une grande partie de cette pluie s'évapore".
Les conditions particulièrement sèches que connaît l'Hexagone depuis deux ans pourraient devenir la norme dans un climat à +4 degrés, avec "de temps en temps ce qu'on appelle une méga-sécheresse, ce qui signifie que presque aucune des plantes qui existent actuellement ne pourra survivre", affirme la chercheuse. Des conditions dans lesquelles les pénuries d'eau seront courantes. "Avec un réchauffement de +4 degrés, il n'y aura pas de neige permanente dans les Pyrénées ou les Alpes. Il y aura probablement encore des chutes de neige au milieu de l'hiver sur les sommets, mais plus de glaciers qui sont les garants d'une bonne ressource en eau, et qui alimentent les cours d'eau en fondant tout au long de l'été".
Le réchauffement des températures fera également peser un risque sanitaire sur les populations. "Nous avons déjà des maladies que nous connaissons, liées au changement climatique, qui se sont installées en France comme Zika, la dengue et le chikungunya" dû au développement du moustique tigre, explique Camille Parmesan qui anticipe également une propaga...
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