Le parking de Jacques Chirac : ces réunions clandestines qui ont changé la présidentielle de 1995 : Actualités - Orange

Par Eric MandonnetarticleLecture 5 MinPublié le 20/07/2026 à 16:00 - Orange - 21/07
Il y a la grande histoire, celle qu’a écrite la Ve République. Et il y a les petites histoires, ces secrets qui n’ont l’air de rien mais qui contribuent souvent de manière décisive aux résultats finaux. L’Express a choisi de raconter, en ce dernier été avant la grande bataille de 2027, ces épisodes méconnus des campagnes passées, de cette table qui ne se retrouve pas par hasard au débat de l’entre-deux-tours entre François Mitterrand et Jacques Chirac en 1988 jusqu’au placard qu’ouvre fortuitement François Hollande pour y faire une drôle de découverte sur Emmanuel Macron... Les cachotteries des présidentielles : épisode 2. Avant sa victoire en 1995, Jacques Chirac, maire de Paris, est au fond du gouffre et c’est donc tout naturellement qu’il utilise des passages souterrains. Edouard Philippe n’a rien inventé. Le 27 novembre 2017, lors d’un stand up sur la scène du Casino de Paris, il raconte un épisode de la campagne de 2017 : "J'arrive au QG d'Emmanuel Macron, allongé dans la voiture avec une couverture." Le Havrais, qui participe au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle à une réunion au siège des Républicains, est contacté par le secrétariat du futur président. La discrétion maximale est de mise. "On vient vous chercher où vous êtes ?" Non, pas vraiment. Et il se cachera… Edouard Philippe n’a rien inventé, il imite même l’un de ses maîtres. Pas Alain Juppé, qu’on n’imagine pas spontanément dans ce genre de situations, mais une autre longue carcasse qu’il n’était pas simple de dissimuler : Jacques Chirac… Nous sommes à l’automne 1993. Edouard Balladur est à Matignon et au sommet des sondages, dont il tardera beaucoup à descendre. Le maire de Paris est au fond du gouffre et c’est donc tout naturellement qu’il utilise des passages souterrains. "Lorsqu’elle s’engage sur le cours Albert-Ier, la petite auto noire fait un appel de phares, écrit François Bazin dans son magistral Sorcier de l’Elysée (Plon). A ce signal, un grand type aux cheveux en bataille appuie sur le bouton qui ouvre la porte du garage. La petite auto noire s’engage sur la pente pour aller se garer en sous-sol. La conductrice – une jeune femme blonde – jette un coup d’œil autour d’elle et fait signe à son passager qu’il peut sortir sans crainte." Elle, c’est Claude Chirac. Lui, c’est son père, président du RPR depuis la nuit des temps et qui aspirerait à présider plus grand – sauf que les Français le regardent de travers, ils ne voient pas du tout en lui un chef de l’Etat. A moins de deux ans du scrutin, c’est un problème. Rendez-vous secrets Le parking est celui de Temps public, une agence qui n’a pas pignon sur rue mais dans laquelle travaille un homme au rôle capital quoique invisible sur la scène politique. Petite précision qui a son importance : l’homme travaille pour François Mitterrand, il a contribué, et pas qu’un peu, au rétablissement du socialiste dans l’opinion pendant le premier septennat, il a beaucoup œuvré pendant la première cohabitation de l’histoire de la Ve République pour maintenir le président debout et affaiblir le Premier ministre (Jacques Chirac !), il a été magistral à la baguette pendant la présidentielle de 1988 pour écraser l’adversaire de droite (Jacques Chirac, toujours !). Il s’appelle Jacques Pilhan. C’est dire si ces rendez-vous, qui deviennent hebdomadaires à compter du 26 octobre 1993, ont quelque chose d’abracadabrantesque. Il est donc préférable de les garder secrets. Le grand public ignore tout et ne comprendrait pas. Mais quelqu’un ne comprendrait pas davantage et apprécierait encore moins : bien qu’il ait quelques connaissances en la matière, François Mitterrand n’est alors pas au courant de la vie parallèle de son conseiller… Jacques Chirac et Jacques Pilhan. Quelques mois plus tôt, le stratège a rencontré la fille, Claude, qui a une place majeure dans le dispositif du candidat – et d’autant plus large que les rats quittent le navire. Puis les deux Jacques ont, à deux reprises, partagé un repas, grâce à l’intermédiaire d’un autre communicant proche du maire de Paris, Jean-Michel Goudard. C’est parti pour les réunions de travail. La France veut une alternance, une vraie ; le climat n’est pas au conservatisme à la mode Balladur, mais à une forme de mouvement "populiste, antiélitiste, antibourgeois" qu’a déjà souligné le référendum de Maastricht en 1992. On connaît la fin de l’histoire, l’une des plus surprenantes depuis 1958 : revenu de nulle part, Jacques Chirac, héraut de la fracture sociale, réussit à doubler Edouard Balladur dans la dernière ligne droite (en fait, très peu droite) pour l’emporter et s’installer à l’Elysée. Il y restera douze ans. Retrouvez ici l’épisode 1 : Présidentielle 1988 : la table de François Mitterrand qui fit vaciller Jacques Chirac L’épisode 3 sera diffusé le lundi 27 juillet.

Il y a la grande histoire, celle qu’a écrit...
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